Le livre « Si tous les enfants du monde » est en ligne

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Message personnel: Vingt-cinq ans après ce voyage sur l’ancienne Route des Esclaves, les adolescents cités dans ce livre ont aujourd’hui franchi le cap de la quarantaine. Nous nous sommes perdus de vue, hélas ! J’aimerais les retrouver, aller à leur rencontre, raconter les nouveaux chemins de leur vie. Qu’ils me contactent à cette adresse: decotte@gmail.com . Merci !

Sommaire

Bonne lecture!

Alex Décotte

Dès aujourd’hui, mise en ligne d’un nouveau livre

Gauchos / Maximilien Bruggmann / Alex Décotte

Gauchos Livre français_0001Ce livre fait vivre au présent les gauchos sud-américains. Rudesse du quotidien, chatoiement des fêtes, chaleur de l’amitié, nostalgie d’un passé qui ne veut pas mourir, la vie du gaucho se situe hors du com­mun. Elle est sans limites, sans mesure, sans égale.

Épanoui à force de violence, de soli­tude, d’action, le gaucho d’aujourd’hui s’accroche à l’Histoire. Il se voudrait encore au temps de la vie avec l’Indien, côte à côte ou face à face, au temps des premiers troupeaux, des errances sans fin, de la conquête du désert, des guerres d’indépendance auxquelles ses semblables prirent si grande part. Il se voudrait poète, chanteur, philosophe.

Le progrès? Il y a goûté, mais sans conviction. Il sait bien que là serait la mort, sa mort. Non, son avenir est dans le passé, dans la tradition.

Que ferait-il de la télévision, de l’électricité, de la voiture, du télé­phone? Mais que ferait-il sans le che­val, le lasso, le couteau et l’immensité de la pampa?

Le gaucho, c’est un autre nous-mêmes, dans un autre monde.

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Ce vendredi à la radio suisse

Bourlingue

Chers amis,

Pendant près d’une heure, je vais me retrouver face aux micros de la Radio suisse pour laquelle, des décennies durant, j’ai raconté mes voyages de journaliste au long cours.

Pour l’émission « Détours » qu’elle co-produit chaque jour de 13h à 14h avec Madeleine Caboche, Martine Galland me fait en effet l’amitié de m’accueillir en direct autour du site www.bourlingue.net et de quelques moments forts de mes pérégrinations: Argentine, Haïti, Sibérie, Roumanie … et même Carouge.

Je serais heureux de vous savoir à l’autre bout des ondes. N’hésitez donc pas à écouter RTS1 La Première

ce vendredi 10 janvier dès 13 heures.

Si vous vous trouvez loin de la Suisse, vous pouvez suivre l’émission en direct sur votre ordinateur :  http://www.rts.ch/audio/la-1ere/3262320-la-1ere-en-direct.html . Vous pouvez aussi, pendant toute une semaine, la réécouter ou l’enregistrer en podcast : http://www.rts.ch/la-1ere/

Je compte sur vous et me réjouis de vous savoir à l’écoute. N’hésitez pas à me faire vos commentaires, remarques et critiques sur le site de www.bourlingue.net

Bien amicalement,

Alex Décotte

Les singeries de Gibraltar

sP1000553Pendant plus de quinze ans, de 1969 à 1985, les familles ne purent se parler (par gestes) que de part et d’autre d’une double clôture de treillis et de barbelés. Tout passage était interdit, dans un sens comme dans l’autre. Et pourtant, nous n’étions ni à Berlin, ni à la frontière des deux Corée, ni même entre Mexique et Etats-Unis. Non, cela se passait à l’extrême sud de l’Europe occidentale, entre l’Espagne de Franco et le territoire britannique de Gibraltar.

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Neptune sorti des eaux

 

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L’oeil est gris porcelaine, indistinctement.   La pupille comme le reste. Un gris soutenu, parcouru de moirures vertes ou brunes suivant que le regard se dirige vers l’eau ou vers la falaise. Les paupières, elles aussi, sont grises. Mais mates. Pas de cils. Du moins pas apparents. Ou peut-être sont-ils gris, eux aussi ? Du même gris que les yeux ?

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Salt Lake

 

Arrivé un peu avant huit heures à Salt Lake en provenance de San Francisco. Deux contacts possibles ici: Marco Schlenz, le fils du coiffeur suisse d’Atlanta, qui est cuisinier; et Rick N., un Américain qui a vécu en France et qui, après une douzaines d’années passées aux USA à courir les foires dans lesquelles il promenait un tire-pipes, s’est installé à Salt Lake parce que sa soeur, mormone, y était venue avant lui. Il est devenu pianiste et tient à la radio une émission de musique classique, y compris contemporaine, qui lui vaut quelques inimitiés.

Marco, solide gaillard de 36 ans, arrive vers 21 heures, avec sa copine Julie, et nous allons boire de la bière en grignotant une pizza, dans une brasserie aux murs de brique, le Squatters. Marco m’a réservé une chambre dans l’hôtel historique de Salt Lake, le Peery. Il me croit sans doute riche: 80 dollars. Après avoir été le chef de cuisine qui a ouvert ici les plus grands hôtels, servant jusqu’à 800 couverts par jour, il vient d’ouvrir un petit restaurant western, le Bubba’s BBQ. Américain ou suisse, Marco? Difficile de le dire. Son schwytzerdütsch est émouvant, mais il vit à l’américaine, tenant aussi de sa mère américaine. Le personnage est ouvert, athlétique, et n’aime que trois choses: son boulot, l’argent et le ski, plus sa copine Julie, avec laquelle il se propose d’aller à Lugano en juin.

Au matin, tour de la cité mormone. On y étouffe beaucoup moins que voilà 15 ou 20 ans, lors de mon dernier passage. On y fume, on y boit de l’alcool, et les femmes soutiennent le regard. C’est que les mormons n’ont plus la majorité, malgré leur florissante progéniture.

Salt Lake est attrayante : impôts faibles, climat agréable (300 jours d’ensoleillement) et la montagne à deux pas, avec, bien sûr, « la meilleure neige du monde ». Du coup, pour ne plus payer de taxes ou vivre dans une ville moins polluée et moins embouteillée, les Californiens viennent en masse s’établir ici, au point que les prix, plutôt bas, grimpent vite.

Grimpé sur la colline pour prendre quelques vues. Tout est clean, pas grand intérêt. Passé rapidement au temple mormon puis revenu à l’hôtel où Julie devait passer me prendre. Puis allé dans le restaurant western de Marco, très loin du centre, une espèce de cambuse où on vient manger de la poitrine de porc fumée à la sauce aigre-douce, du poulet itou, des sandwiches. Marco affirme gagner, net, 20.000$ par mois. Il est à son aise derrière le bar, à servir des mets dont nous ne voudrions pas en Europe, et projette d’agrandir à côté, avec une salle distincte pour salades, quiches et tartes, mais avec cuisine unique.

Reconnu au premier coup d’oeil Jean B., le basque à moustache dont Marco m’avait parlé la veille. Accent du sud-ouest à couper au couteau, il est de Pau et importe en provenance de France et d’Espagne des chaussures pour enfants. S’apprête à se rendre en Argentine et surtout en Uruguay, où il a de lointains cousins que la famille française s’est évertuée à arracher à la dictature – y compris un ecclésiastique – en les faisant venir au pays Basque. Jean est venu ici à la suite d’un divorce américain. Il y semble à l’aise, court le guilledou et adore le sport. Mais sa passion, c’est de collectionner des centaines de bouquins portant sur le pays basque et les Pyrénées.

Deux épouses pour un seul homme

 

A l’aéroport de Mexico, astucieux système installé depuis peu pour vérifier à l’aéroport les bagages des passagers annonçant qu’ils n’ont « rien à déclarer ». Chacun s’engage dans la file verte. Un douanier vérifie que la déclaration comporte bien un zéro dans la case réservée à la valeur des importations, puis chaque passager doit pousser sur un bouton qui indiquera de manière aléatoire, automatique, s’il doit ou non se soumettre à la fouille. Solution qui exclut le délit de sale gueule. Je ne l’ai jamais observé ailleurs, hélas.

Horacio M. m’attend à l’arrivée. Quinze ans, je crois, que je ne l’avais vu. Dans sa vieille Jetta rouge, appelée ici Atlantic, il commence par déverrouiller le cadenas qui retient, entre les branches du volant, une lourde chaîne fixée au plancher. On ne badine pas avec les voleurs.

En chemin, me parle de son métier, chercheur en sociologie, de sa vie à Mexico, divorcé. Bizarrement, il s’était marié avec une femme séparée de son mari mais pas divorcée. Il n’y eut néanmoins aucun problème pour ce second mariage, l’administration étant incapable de centraliser les informations de l’état civil. Au point que, de son côté, le mari de cette femme s’était lui aussi remarié depuis lors, toujours sans que le divorce soit prononcé entre lui et sa première femme. Une statistique officieuse dit qu’il y aurait deux fois plus de femmes que d’hommes mariés. Ce qui, si on excepte les différences de mortalité, indiquerait que chaque homme est marié à deux femmes !

Avec Horacio et son frère Carlos, départ vers 22 heures pour aller écouter un peu de musique. Tous deux déconseillent la plaza Garibaldi et lui préfèrent un bistrot à salsa près du monument à la Révolution, El Chato Taurino. Repas mexicain, chili con nogadas, viande hachée mélangée à des noix dans une enveloppe de grand piment, le tout nappé de crème adoucie par la présence de grains de grenades verts, blancs et rouges, les couleurs du drapeau. Avec aussi du fromage fondu qu’on roule dans des galettes de blé (ce pourrait être du maïs) et d’excellents champignons au goût de chanterelles aillées.

Ils sont sept autour du chanteur Moy Dominguez, vieux juif homosexuel qui gratte aussi de la calebasse rayée. Mention particulière pour El Danzon, danse plus lente, dont le sempiternel refrain affirme que même la reine Elisabeth danse le Danzon, tant son rythme est doux. Dans la salle, des couples dansent, très bal populaire malgré une ou deux très belles filles, puis viennent s’installer cinq vieux marrants, voix rauque, interpellant l’orchestre pour le féliciter et lui demander un air particulier. La soixantaine, un long bonhomme un peu bedonnant se contorsionne dans un rythme impeccable puis danse, seul, un grand verre de rhum coca posé sur le crâne. Une fois seulement, il en renversera quelques gouttes.