Deux épouses pour un seul homme

 

A l’aéroport de Mexico, astucieux système installé depuis peu pour vérifier à l’aéroport les bagages des passagers annonçant qu’ils n’ont « rien à déclarer ». Chacun s’engage dans la file verte. Un douanier vérifie que la déclaration comporte bien un zéro dans la case réservée à la valeur des importations, puis chaque passager doit pousser sur un bouton qui indiquera de manière aléatoire, automatique, s’il doit ou non se soumettre à la fouille. Solution qui exclut le délit de sale gueule. Je ne l’ai jamais observé ailleurs, hélas.

Horacio M. m’attend à l’arrivée. Quinze ans, je crois, que je ne l’avais vu. Dans sa vieille Jetta rouge, appelée ici Atlantic, il commence par déverrouiller le cadenas qui retient, entre les branches du volant, une lourde chaîne fixée au plancher. On ne badine pas avec les voleurs.

En chemin, me parle de son métier, chercheur en sociologie, de sa vie à Mexico, divorcé. Bizarrement, il s’était marié avec une femme séparée de son mari mais pas divorcée. Il n’y eut néanmoins aucun problème pour ce second mariage, l’administration étant incapable de centraliser les informations de l’état civil. Au point que, de son côté, le mari de cette femme s’était lui aussi remarié depuis lors, toujours sans que le divorce soit prononcé entre lui et sa première femme. Une statistique officieuse dit qu’il y aurait deux fois plus de femmes que d’hommes mariés. Ce qui, si on excepte les différences de mortalité, indiquerait que chaque homme est marié à deux femmes !

Avec Horacio et son frère Carlos, départ vers 22 heures pour aller écouter un peu de musique. Tous deux déconseillent la plaza Garibaldi et lui préfèrent un bistrot à salsa près du monument à la Révolution, El Chato Taurino. Repas mexicain, chili con nogadas, viande hachée mélangée à des noix dans une enveloppe de grand piment, le tout nappé de crème adoucie par la présence de grains de grenades verts, blancs et rouges, les couleurs du drapeau. Avec aussi du fromage fondu qu’on roule dans des galettes de blé (ce pourrait être du maïs) et d’excellents champignons au goût de chanterelles aillées.

Ils sont sept autour du chanteur Moy Dominguez, vieux juif homosexuel qui gratte aussi de la calebasse rayée. Mention particulière pour El Danzon, danse plus lente, dont le sempiternel refrain affirme que même la reine Elisabeth danse le Danzon, tant son rythme est doux. Dans la salle, des couples dansent, très bal populaire malgré une ou deux très belles filles, puis viennent s’installer cinq vieux marrants, voix rauque, interpellant l’orchestre pour le féliciter et lui demander un air particulier. La soixantaine, un long bonhomme un peu bedonnant se contorsionne dans un rythme impeccable puis danse, seul, un grand verre de rhum coca posé sur le crâne. Une fois seulement, il en renversera quelques gouttes.

 

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