L’horizon de Kim

A quelques kilomètres du Cambodge mais en territoire thaï, Kamput est un camp plutôt petit, quelques milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Beaucoup d’orphelins, qui gèrent leurs baraques, en groupe, dans une extrême discipline. C’est que la plupart des réfugiés de Kamput sont d’anciens khmers rouges, habitués à une totale obéissance par cinq ans de régime Pol Pot.

Le seul à n’être pas khmer rouge s’appelle Kim. C’est du moins le nom qu’il a donné en arrivant à Kamput. Il a été envoyé, comme travailleur prisonnier, dans les forêts du Cambodge, lorsqu’il est rentré d’Europe après un stage de mécanique agricole. S’il est encore vivant, c’est pure chance. Car, chaque jour, dans ce camp gardé par les khmers rouges, on venait chercher quelques-uns de ses camarades de travail forcé, pour les muter dans un autre camp, leur disait-on. Mais ceux qu’on venait chercher étaient toujours ceux dont le rendement était plus faible que la moyenne, ou ceux qui avaient fait des remarques, rechigné aux ordres les jours précédents. En fait, on les emmenait pour les exécuter dans la forêt.

Kim est passé entre les gouttes et, lorsque les Vietnamiens sont entrés au Cambodge et ont mis fin au régime Khmer rouge, Kima pu s’approcher de la frontière thaï, entrer une première fois dans un camp de réfugiés, repartir au Cambodge afin de voir si son pays était à nouveau vivable. Il est revenu presque aussitôt. Dans son village, on continuait de mourir. Plus d’atrocités, mais de faim. A sa deuxième incursion en Thaïlande, il a été arrêté par les policiers, jeté en prison pour trois mois et, maintenant, il est là, in­cognito, dans ce camp de Kamput ou les anciens maîtres du Cambodge, les Khmers rouges, font encore la loi. Kim espère bien n’être pas reconnu par eux, ni rencontrer accidentellement un de ses anciens geôliers, avant de pouvoir quitter ces lieux inhospitaliers. Pour d’autres horizons. Mais lesquels ?

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