Caravanes de sel

 

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Le récit de la vie des hommes qui composent les caravanes de sel ne prendra sa véritable signification que si vous voulez bien tout d’abord vous reporter à une carte géographique du continent africain.

Prenons la côte méditerranéenne. Voici l’Algérie, la Tunisie, puis la Libye. De là, portez les yeux droit au sud. A vol d’oiseau, 1600 km. Vous êtes au Niger. A contempler ainsi la carte, la chose paraît simple…

C’est là que débute l’aventure. Bilma. Une sorte de grand village. On y trouve tout de même de l’eau, un bureau de poste, un médecin et même une piscine. A l’est, quelques contreforts rocheux, arides. A l’ouest, rien. Le sable. Mais c’est à Bilma qu’est extrait, produit et vendu le sel utilisé à des centaines de kilomètres à la ronde. 2500 tonnes par an. Pour les bovins de la zone sahélienne.

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Ce sont des Noirs qui sont préposés à l’extraction. L’opération est fort rudimentaire: ils versent, au fond de profonds puits de l’eau qui dissout le sel disséminé dans le sable. Puis ces Noirs appartenant à la tribu des Kanouris ou à celle des Toubous, ajoutent du natron, c’est-à-dire du carbonate de soude, pour éliminer les impuretés.

Ils tirent ensuite le mélange jusqu’au niveau du sol, à l’aide de récipients de peau fixés au bout d’une corde. Suivant le degré d’évolution, ce sont soit les hommes eux-mêmes qui remontent le seau, à la force des bras, soit des zébus qui couvrent à l’horizontale la distance correspondant à la profondeur du puits. Il faut pour cela une poulie, généralement un simple morceau de bois dans lequel les Toubous ont creusé une gorge destinée à accueillir la corde, tressée avec des palmes de dattier et donc rapidement usée.

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Le mélange salé est amené à la surface. L’évaporation le transforme en une substance molle et homogène, versée dans des moules en forme de champignons. En plus gros, bien sûr, puisque chaque élément, une fois démoulé, pèsera près de trente kilos.

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Les hommes bleus, les caravaniers, venus du massif de l’Aïr, achètent les champignons de sel. Ils les revendront dix fois plus cher à l’arrivée. Trafic intense. Vingt à trente caravanes par mois, qui se croisent parfois en autant de rencontres. Le silence du désert fait alors place à d’inextinguibles palabres nocturnes.

La halte suivante, pour l’eau, sera Tazolé. Pas vraiment une oasis, plutôt un simple point d’eau, mais suffisant pour remplir les outres.

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Trois semaines après le départ de Bilma, si tout s’est bien passé, si le vent de sable ne s’est pas levé trop souvent, s’il n’a pas fallu abattre un chameau blessé ou malade, si Allah a été compréhensif, c’est l’arrivée à Agadèz.

D’Agadèz, le sel sera expédié vers le sud ou le sud-ouest, Tahoua, Tanout. Ce n’est plus l’affaire des hommes bleus. Leur voyage est terminé, mais ils ne vont guère tarder à repartir pour Bilma, par le même itinéraire, porteurs de millet, de petits objets d’artisanat et de toutes sortes d’autres choses bizarres qu’ils vendront à l’arrivée ou offri­ront à la femme, restée au campement avec les enfants, tressant des cordes ou confectionnant des paniers.

On dit qu’existent des véhicules tout-terrain et même des avions. Ils en ont vus, parfois. Mais qu’importe? Le chameau est toujours là, fidèle, efficace. Alors, pourquoi changer ? Pourquoi renoncer ?

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Photos Maximilien Bruggmann

 

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