Crise nerveuse

Cette fois, la situation à l’ambassade dominicaine de Bogotá prend un tour réellement inquiétant, pour ne pas dire dramatique. D’abord par ce que, parmi les otages, la peur gagne. Ainsi, ce matin l’ambassadeur du Venezuela, qui avait déjà souffert d’un début d’infarctus lors de la prise de l’ambassade, a été saisi d’une grave crise nerveuse, doublé de faiblesse cardiaque, et un cardiologue a été appelé d’urgence à son chevet.

C’est d’ailleurs cet incident qui a retardé de plus de 20 minutes le début de la négociation, qui a finalement commencé à 15:22, heure suisse.

On craignait une rupture immédiate du contact. Il n’en a rien été. Une heur et demie après, les quatre , négociateurs, deux du gouvernement, la négociatrice encapuchonnée du M19 et l’ambassadeur du Mexique, retenu en otage mais qui fait en quelque sorte office de greffier des discussions, les quatre négociateurs donc été encore dans la camionnette jaune, devant l’ambassade dominicaine. Tout cela était plutôt rassurant.

Mais, à 10h56 (16h56 heure suisse), l’ambassadeur du Mexique et la guérillera sont sortis de la camionnette. La guérillera, qui portait jusque-là un passe-montagne blanc, l’avait troqué contre une capuche noire. Pour la première fois depuis qu’existent ces négociations, elle a essayé de s’adresser à la presse. Je dis “essayé” car nous sommes parqués, nous journalistes, à 50 km au moins du lieu des négociations. Le bruit des caméras aidant, il était très difficile de capter les paroles, ou plutôt les cris de la guérillera. Il semble qu’elle ait d’abord fait le constat que le gouvernement s’oppose aux exigences du M19. Puis, plus fort, et elle a conclu en faisant le V de la victoire : « Nous exigeons la libération de nos camarades en cours de jugement. La consigne du M19 est Vaincre ou mourir ».

Tout cela est grave et ressemble à une ultime manière, par le truchement de la presse, de faire pression sur l’opinion publique, les gouvernements étrangers et le président colombien. On n’a pas encore, côté officiel, le communiqué concernant la rencontre qui s’est terminée ainsi, mais je ne serais pas étonné que le M19 ait ainsi adressé une sorte d’ultimatum aux négociateurs gouvernementaux.

Que va-t-il se passer ? Repensons à la phrase de la guérillera encapuchonnée : Nous exigeons la libération de nos camarades en cours de jugement. Que cela signifie-t-il ? En fait, parmi les 311 prisonniers dont le M19 réclament la libération, certains ont déjà été jugés et condamnés à de lourdes peines. Il se peut que, légalement, ces prisonniers-là puissent être graciés par le président. Et donc libérés. En revanche, il y aurait une impossibilité à relâcher des prisonniers pas encore jugés. C’est sans doute de ceux-là que parle la guérillera. C’est d’eux aussi que le président colombien a parlé hier soir avec des conseillers et des juristes. Il a même demandé aux différents tribunaux d’accélérer les jugements, sans doute pour que, à peine condamnés, ces prisonniers soient, eux aussi, graciables et libérables.

Mais les magistrats, au nom de l’indépendance de la justice, ont répondu non. Ces affaires suivront leur cours normal.

Le président colombien, quelle que soit sa volonté d’apaisement, est donc pris entre des magistrats récalcitrants, l’armée qui menace d’intervenir et les guérilleros qui risquent de passer rapidement à l’action. Que vaut, dans cet imbroglio, la vie de 30 otages, parmi lesquels l’ambassadeur de Suisse, Jean Bourgeois ? Il serait téméraire de donner une réponse claire à cette question. Mais, sans aucun doute, on se rapproche à grands pas, soit du drame, soit de la solution.

 

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