Un dieu et des saints

 

 Bretagne 2 037~1

Dans la petite église aux lumières coloniales, un saint de bois trône au-dessus de ses ouailles. Un saint au nom ailleurs inconnu, Tugen. De quelle bible, de quel bréviaire, de quelle histoire sacrée est-il tombé? Mystère.

A Rome, personne n’a sans doute jamais entendu parler de lui et pourtant, dans sa belle tenue de bois polychrome, saint Tugen veille au bonheur des habitants de son petit hameau, à quelques kilomètres de la pointe du Raz.

A la main, il porte des clefs semblables à  celles dont des gosses vendent au fond de la nef, pour trois sous, des répliques de plomb. Pour éviter la rage de dents, la morsure des chiens et le venin des serpents, il suffit de les porter avec soi. Quant à l’amour et à la félicité, on les obtient à bon compte en jetant simplement une piécette dans la fontaine d’eau vive qui jouxte le cimetière.

Tugen est un saint breton comme il en est tant d’autres: Edern, Ké, Thégonnec, Onno, Suliau, Jaoua, Corentin ou Malo, un saint guérisseur venu tout droit du temps d’avant Jésus-Christ et rebadigeonné aux couleurs de l’église catholique.

Dans la Bible, il faudrait beaucoup chercher, et sans doute en vain, la trace de sainte Anne, qu’on célèbre à Auray et que révèrent comme leur patronne tous les Bretons. Selon eux, elle serait la mère de Marie, et donc la grand-mère du Christ. Peut-être. Mais Ana, mère des hommes et des dieux celtes, ancêtre païenne de la race celtique, pourrait bien se cacher derrière l’image rassurante de la sainte chrétienne. Aux temps préhistoriques, c’est Ana qui veillait sur le repos éternel de ceux dont la dépouille terrestre dormait sous les dolmens. Sa seule présence était gage de résurrection.

En Bretagne, chaque église est bâtie sur le site d’une ancienne source merveilleuse, chaque forêt porte témoignage d’un temps où les druides étaient les seuls prêtres, chaque chrétien qui se signe est un barde qui se souvient. C’est sans doute pourquoi, de malheur humain en bienfait divin, la foi bretonne n’est jamais triste et les églises jamais vides.

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