Haush, Ona, Alacaluf, Yaghan et Cie

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Il était une fois, en Terre de Feu, des hommes vivant en har­monie avec les animaux, les plantes, les saisons et les vents. Ils ne sont plus là pour en témoigner. L’homme blanc, depuis, s’est ins­tallé dans ces lieux inhospitaliers. Il apporta avec lui la religion et les microbes. C’est à peine s’il eut besoin des armes pour rester seul maître de l’endroit.

Il vaut pourtant la peine d’imaginer ce que pouvait être la vie avant que Magellan, percevant des brasiers allumés sur une côte emmitouflée de brumes, eut l’idée incongrue de la baptiser Tierra de los Fuegos, Terre des Feux. Appellation qui allait perdurer en se singularisant: Tierra del Fuego, Terre de Feu.

Les Ona habitaient l’intérieur des terres, plaines comme mon­tagnes. Les Haush, plus terriens que marins, eux aussi, étaient confinés à l’extrême sud-est. Haush et Ona chassaient, à pied, à l’aide d’arcs et de flèches.

Sur les côtes déchiquetées, dans les entrelacs de baies, de fjords, de passages et d’îlots, vivaient, à proximité du détroit de Magellan, les Alacaluf et, plus au sud, dans les réseaux du canal de Beagle, les Yaghan. Alacaluf et Yaghan se déplaçaient en canoé et vivaient de poissons et de crustacés qu’ils attrapaient à l’aide de harpons.

Au nord de la Terre de Feu, c’est-à-dire à l’extrême sud de la Patagonie, vivaient les Tehuelche, assez proches, dans leurs coutu­mes et même leur langage, des Haush et des Ona.

Combien étaient-ils en Terre de Feu avant l’arrivée de l’homme blanc? Plusieurs dizaines de milliers, sans doute, malgré la rigueur du climat et les guerres incessantes.

Les Haush, nomades, chasseurs de guanacos, craignaient les Ona et s’étaient réfugiés sur une avancée de terre, face à l’Atlan­tique. Il restait une petite tribu lorsque accostèrent les premiers découvreurs. Aujourd’hui, il n’existe plus de Haush de race pure et c’est à peine si on recense quelques métis, le plus connu étant un vieil habitant de Rio Grande, Luis Garibaldi Honte.

Les Ona étaient sans doute les plus nombreux et les plus puis­sants. Nomades, ils voyageaient pratiquement sur toute l’île, en familles. Grands, corpulents, ils étaient d’infatigables coureurs, des chasseurs endurcis, confectionnaient des arcs d’une excellente fac­ture et se vêtaient de peaux de guanacos, fourrure à l’extérieur. Ils se peignaient le visage pour manifester leurs sentiments et, si leur langue était limitée, ils avaient néanmoins nommé jusqu’au plus petit torrent, à la plus petite colline, preuve qu’ils se déplaçaient beaucoup et pas à l’aveuglette.

Le dernier homme ona, Esteban Ishton, est mort en 1969 et Maximilien Bruggmann a eu le triste privilège de photographier en 1972 la dernière femme ona, Angela Luij, qui devait mourir deux ans plus tard et mettre ainsi fin à toute une ère d’harmonie entre homme et nature.

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Les Yaghan, eux, étaient d’abord des pêcheurs. Ils vivaient en nomades sur le littoral et, pour se souvenir des lieux les plus pois­sonneux, ils laissaient après leur passage d’énormes cônes faits de coquilles de moules. Ils chassaient aussi les oiseaux à coups de frondes et leur arme la plus lourde, une sorte de lance, leur per­mettait d’assouvir leur goût du risque: ils se battaient jusqu’à la mort, entre hommes, pour vider une querelle ou simplement éprouver le paroxysme du plaisir.

Les femmes yaghan étaient les seules à savoir nager. C’est donc elles qui, plongeant entre algues et rochers, guidaient les canots familiaux jusqu’à la côte dentelée. Là, tous vivaient presque nus et la seule façon de contrecarrer les bourrasques glaciales consistait en de grands feux de paille et de branchages. Ce sont sans doute les feux des Yaghan qu’aperçut Magellan et qui allaient devenir la dénomination de ce coin d’univers.

A l’arrivée de l’homme blanc, nombre de Yaghan échappèrent aux balles des conquistadores. Mais la rougeole et la tuberculose firent ce que ne pouvaient faire les fusils et les rares survivants yaghan sont aujourd’hui ceux dont les ancêtres vivaient ou s’étaient réfugiés dans l’île Navarino, au sud du canal de Beagle, loin de l’homme blanc, de sa religion et de ses miasmes.

Quant aux Alacaluf, ils ne vagabondaient à bord de leurs canots munis de voiles que dans les zones côtières, désormais en territoire chilien. Très semblables aux Yaghan dans leurs coutu­mes, ils utilisaient néanmoins une langue distincte. Plus éloignés encore des points de colonisation blanche, ils restèrent mieux à l’abri des contaminations et des concupiscences. C’est sans doute pourquoi subsistaient encore en 1973 quelque cinquante Alacaluf.

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