c. Jackpot Rodeo

 

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Un dimanche de juillet à Quilchena, Colombie Britannique. Le chef de la tribu indienne sur les terres de laquelle se trouve la modeste arène aux gradins de planche organise, comme chaque été, un Jackpot Rodéo, ouvert aux Blancs comme aux Indiens. Jackpot Rodeo, cela signifie que, dans chaque épreuve, les trois premiers classés emportent les mises payées au moment de l’inscription par leurs concurrents malheureux. Les organisateurs, eux, ne rajoutent pas le plus petit dollar à cette somme, les autres recettes leur permettant à peine de couvrir les frais d’organisation. Dans les grands rodéos de Calgary ou de Cheyenne, les organisateurs, qui empochent des sommes considérables grâce aux dizaines de milliers de spectateurs et au soutien publicitaire de nombreuses compagnies, peuvent se permettre d’ajouter aux « Entry Fees » des concurrents des primes de plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers de dollars. Dans les petits rodéos de campagne, même les gagnants risquent de repartir avec moins d’argent que ne leur en a coûté le déplacement.

Quilchena n’est ni Cheyenne, ni Calgary. En langage indien, Quilchena signifie « lieu où poussent les saules ». C’est vrai qu’à Quilchena, il y a certainement plus de saules que d’habitants. Ici, dans l’extrême ouest du Canada, au-delà des Montagnes Rocheuses, dans une région encore montagneuse et vallonnée proche de la frontière américaine, la population doit être d’un ou deux habitants et de deux ou trois bovins au kilomètre-carré.

Les quelques maisons de Quilchena se trouvent un peu plus au nord-est, au bord du lac, à l’embouchure de la rivière Nicola, dans la réserve indienne numéro 1 appartenant à la tribu des Spahomin, dont une autre partie vit à  l’extrémité ouest du Lac Douglas. Ici, quinze maisons, une plage de galets où viennent se baigner quelques citadins de la grande ville Vancouver, éloignée de plus de 200 kilomètres, une église récente faite de rondins massifs et, dans l’année, trois petits rodéos, dont ce Jackpot Rodeo.

Des Jackpot Rodeos, il y en a des milliers, un peu partout dans l’Ouest américain. L’intérêt de celui-ci est qu’il se déroule à l’intérieur d’une réserve indienne, qu’il soit organisé par les Indiens mais que les cow-boys des environs puissent y participer. A noter que, dans la région, les rapports entre Indiens et Blancs semblent bons. Au Quilchena Ranch, l’ancien cowboss de sang indien avait sous ses ordres des cowboys blancs. Sa fille a épousé un Blanc, Larry, descendant d’immigrants scandinaves.

Bons rapports, aujourd’hui, entre Indiens et Blancs. Mais cela n’a sans doute pas toujours été le cas. La violence ne se traduisait généralement pas par l’usage des armes mais plutôt par l’imposition aux « colonisés » des habitudes et des règles en vigueur parmi les « colons ». Pour ces derniers, un Indien ne méritait quelque respect que pour autant qu’il adopte la religion et même, le plus souvent, le patronyme des conquérants. A preuve la messe à laquelle nous avons assisté ce dimanche matin. Les fidèles, nombreux, étaient indiens. Le prêtre, lui, était d’origine polonaise. A preuve aussi les patronymes des concurrents du rodéo, pourtant majoritairement indiens: Mason, McDougall, Jefferson, et aussi leurs prénoms John, Bill, Joe mais bien sûr, dès qu’ils seront entrés sur la piste, il sera facile, à leur démarche, à leur teint, à la couleur de leurs cheveux, et à un certain comportement à la fois plus vif et plus nonchalant, de les différencier au premier coup d’œil des rodeomen blancs.

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