Dans le train

 

Transsibérien 157a web

Nos billets portent la date de réservation, l’horaire du train et le numéro du wagon mais pas celui des places. Dans la mesure où nous embarquons à une escale, la seule, entre Moscou et Nijni-Novgorod, l’ordinateur sait que nous allons prendre les sièges de personnes qui, justement, y débarquent, mais il ne sait apparemment pas encore lesquelles. C’est donc avec la préposée au wagon, omniprésente et toute-puissante, que nous voyons la chose.

Nous nous retrouvons dans un compartiment à six places, c’est la règle en deuxième classe, avec trois jeunes gens, un homme et deux femmes. Le soleil a disparu lorsque nous quittons la gare. Aux bâtiments ex-soviétiques et décrépits succèdent quelques entrepôts et ateliers apparemment abandonnés puis de minuscules datchas, disparates et partiellement cachés dans des bouquets de végétation.

La préposée est venue servir le thé noir, dix roubles la tasse de porcelaine et nous avons tenté de manger les chocolats mis à disposition des passagers par la plus fameuse des fabriques de confiserie, d’ailleurs installée à Gorki. Sucré et mauvais, mais pas aussi infâme que le prétendu jus de pêches, également offert mais présenté en cube de carton.

Peu à peu, nous faisons connaissance avec nos trois comparses. Sveta, la plus vive et la plus tendre, est accompagnée d’un garçon plus grand qu’elle et qui couve des yeux une fille plus jeune, encore au lycée sans doute mais qui ne doit pas lui offrir que ses baisers. La gamine est noiraude, un rien effrontée. Ils ont commencé par jouer aux cartes puis nous nous sommes mis à parler. Tous trois sont étudiants, tous trois viennent d’un village assez proche de Gorki et tous trois ont passé leurs vacances à travailler comme serveurs à bord de ces bateaux qui, par fleuves et rivières, emmènent les touristes, plutôt russes sur les « petites » croisières, plutôt étrangers, finlandais ou japonais, sur les grandes. Toutes proportions gardées, c’est un bon coup et le garçon, qui officiait apparemment entre Moscou et St Pétersbourg, ne cache par qu’entre salaires et pourboires, surtout des Finlandais, il aura de quoi s’acheter une voiture. Russe et d’occasion, bien sûr. Il ne faut rien exagérer.

Que ce pays est pauvre! Qu’il est en retard, handicapé par un si long passé communiste que l’idée même d’entreprendre semble encore étrangère à la plupart ! Que la différence est grande entre l’apparence de prospérité qui prévaut à Moscou, du moins dans le premier cercle, et l’infinie précarité du reste du pays, à l’exception notoire de St Pétersbourg, aidée par son long passé « européen » et le soutien de Poutine.

Après deux heures de trajet, voici Gorki, aujourd’hui Nijni-Novgorod. Nous n’apercevons que furtivement l’escalier monumental, inspiré de celui d’Odessa, rendu célèbre par le mythique film d’Eisenstein retracent la mutinerie des marins du cuirassé Potemkine et dont les drapeaux rouges à faucille et marteau ont aujourd´hui été remplacés par d’autres, du même rouge mais à l’enseigne de Coca-Cola.

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