Bandits d’hier et d’aujourd’hui

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Quelques bandits sardes:

Orgosolo. Mesina. Ces deux noms résonneront longtemps dans le cœur des nostalgiques de la vio­lence. Orgosolo. Petit village accroché aux pre­miers contreforts du Gennargentu. Bergers rudes, fermés sur eux-mêmes. Femmes de noir vêtues, ridées. Murs ornés de dessins et de tableaux multi­colores, à la gloire de mythes qui s’étiolent: héros de la guérilla mondiale (Che Guevara et les autres) et bandits du «supramonte» (avec Mesina en tête). Mesina, Graziano. Un gosse d’Orgosolo, devenu un bandit de vingt ans, pour venger un frère assas­siné par la vendetta.

En Sardaigne, les mythes ont la vie dure. Et la réalité dépasse souvent la fiction. Il y a si long­temps que parle la poudre. Et si longtemps que chacun se tait. Le banditisme n’avait pas attendu Mesina pour faire battre les coeurs (ou les faire cesser de battre…) et Orgosolo n’est qu’un village comme tant d’autres, où crimes, fusillades, enlève­ments et vengeances se succèdent depuis plus d’un siècle.

Quelques chiffres donnent une idée précise du phénomène. Entre 1831 et 1840, alors que l’île comptait 500 000 habitants, il y eut 2468 assassinats et 527 agressions, soit près de 250 assassinats par an. En 1850, de janvier à octobre, on recensait 536 assassinats, ce qui fait une moyenne annuelle de l’ordre de 700. Un siècle plus tard, ce chiffre était certes tombé à 155 par an (1950) et même à 41 (années soixante). Mais c’est encore beaucoup, surtout si l’on sait que, dans le même temps, le chiffre des enlèvements, qui était encore faible au siècle dernier, a atteint une quarantaine par an.

Le crime doit toujours avoir valeur d’exemple. Ainsi, le cadavre de la victime est généralement abandonné dans un lieu visible ou même traîné jusque devant la maison de famille. Son corps et son visage portent souvent les traces de profondes mutilations: les voleurs de bétail ont les oreilles tranchées (par analogie avec les oreilles des mou­tons, qui sont marquées au signe de leur proprié­taire) et les délateurs ont la langue coupée.

Parfois, la vendetta est même exécutée en public, afin de renforcer l’exemplarité.

La liste est longue. De Giovanni Tolu, bandit de la fin du siècle dernier, se racontant du fond de son cachot pour qu’Enrico Costa en tire un livre («La vie de Giovanni Tolu, le plus fameux bandit sarde, racontée par lui-même») à Ciriaco Calvisi, condamné pour meurtre mais dormant dans son lit, accordant des entretiens aux touristes et aux journalistes, gardant son bétail, sans que, dix an­nées durant, les carabiniers ne songent à l’arrêter… en passant par Gavino Cherchi, Liandru, Pasquale Tandeddu et, surtout Mesina. Mesina le révolté, auteur de spectaculaires évasions, jeune homme sans loi, lui aussi, et que le sens de la famille pousse à la vendetta comme le berger pousse vers la bergerie ou le vent vers le large. Graziano Mesina qui purge en prison de longues années de détention tandis que, pour une certaine jeunesse sarde, il représente, non le dernier grand bandit de l’île, mais l’exemple à suivre, le symbole de l’éter­nel refus de l’ordre, de la loi et des institutions. Un disque et une cassette ont été enregistrés à sa gloire et un jeune homme, à qui je demandais à qui il souhaitait ressembler, cita immédiatement Mesina. Il était pourtant étudiant en médecine et ses parents possédaient l’un des plus importants commerces de la cité…

C’est dire qu’en Sardaigne, on n’a pas fini de parler des bandits d’hier, d’aujourd’hui… et de demain.

Quelques bandits sardes:

 

 

 

 

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