12. Cahier photos

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005 MB pho 994  C’est Maximilien Bruggmann, photographe suisse réputé, qui a réalisé tous les clichés de ce livre. Vous en trouverez ci-dessous la reproduction, page après page, en basse définition. Au-dessous de chaque page se trouvent la ou les légendes courtes des différentes photos. A la fin du cahier, vous trouverez les légendes détaillées.

Vous pouvez aussi vous rendre sur les deux sites consacrés à Maximilien Bruggmann:

Site personnel de Maximilien Bruggmann

– Les Amis de Maximilien Bruggmann

011

1 «Sur le pont d’Avignon, on y danse, on y danse…» (Chanson traditionnelle)

012

2 Le Palais des Papes, à Avignon

013

3 Plafond de la chapelle St-Martial, dans le Palais des Papes

4 Plafond de la chapelle St-Jean dans le Palais des Papes

014

5 Le château de Tarascon

015

6 Témoin de l’époque romaine, l’Arc de Triomphe d’Orange

7 Le Théâtre antique d’Orange est le plus beau du monde romain

016

8 Les Dentelles de Montmirail

017

9 Tête de Vénus laurée, mise à jour à Vaison-la-Romaine

10 Ornement de tombeau en forme de masque tragique

018

11 Le mont Ventoux (1909 m)

019

12 Un marché de Provence

020

14 Fruits et légumes sur le marché d’Arles

021

13 Sur le marché d’Apt (Vaucluse)

022

15 L’ail, indispensable à la cuisine provençale

16 Primeurs sur le marché de gros de Pernes-les-Fontaines

17 Sur le marché d’Arles, tous les légumes nécessaires à la confection de la ratatouille

023

18 Melons de Cavaillon

024

19 Le village fortifié des Baux (Bouches-du-Rhône) dominé par le château en ruines

20 Le plateau des Antiques à St-Rémy-de-Provence

025

21 Ancien colombier dans la Ville-Morte des Baux

22 Village de Lacoste (Vaucluse), dans le Luberon

026

23 Bories du Village Noir, à proximité de Gordes (Vaucluse)

027

24 Le site exceptionnel du vil­lage de Gordes (Vaucluse)

25 La Fontaine-de-Vaucluse, où le poète Pétrarque chanta son amour pour Laure

028

26 L’abbaye cistercienne de Sénanque (Vaucluse)

029

27 Austérité intérieure d’une abbaye cistercienne (Sénanque)

030

28 Les santons de Provence, personnages de la crêche de Noël

29 Un santonnier au travail

031

30 Le village de Roussillon (Vaucluse)

032 033

31 Le Colorado de Rustrel et ses montagnes d’ocre (Vaucluse)

034 035

32 L’abandon menace les régions retirées de Provence

33 La fontaine de Bonnieux (Vaucluse)

34 Mouriès (Bouches-du-Rhône) le jour de la Fête des Olives

036

35 Environs de Forcalquier (Alpes de Haute-Provence)

037

36 Le portail du prieuré de Ganagobie (Alpes de Haute-Provence)

038

37 Le rocher de la Baume commande le passage de la Durance, face à la cité de Sisteron (Alpes de Haute-Provence)

039

38 Le col de la Cayolle (2327 m)

039 Village montagne SCAN0145~1

39 Un village perché, Gréo­lières (Alpes-Maritimes)

040 Moutons berger SCAN0145~1

40 La transhumance des mou­tons en juin

041 Robert Manuel SCAN0039~1

41 Robert Manuel, un berger provençal

042

42 Le village de Moustiers­-Ste-Marie (Alpes de Haute-Provence)

43 Le Grand Canyon du Verdon

044 Olivier vieux SCAN0143~1

44 Apporté par les Grecs, l’olivier est l’arbre-roi de la Provence

045 Olives marché SCAN0143~1

45 Vertes ou noires, les olives constituent un aliment très riche

050 Nice SCAN0134~1

000 Olive cueillette SCAN0041~1

46 La taille de l’olivier

046

47 Vieilles femmes à Manosque (Alpes de Haute-Provence)

051

48 La quiétude de midi, derrière les volets fermés (Sospel, Alpes-Maritimes)

048 049

49 Maisons de Sospel

050

50 Nice, le Quai des Etats-Unis et la Promenade des Anglais

051

51 Rue Grimaldi à Roquebrune (Alpes-Maritimes)

052 053

52 Menton, la station la plus chaude de la Côte d’Azur

054

53 Marina-Baie-des-Anges (Alpes-Maritimes)

054 Bateau noir SCAN0054~1

54 Le Palais de Monaco abrite, depuis 1308, la dynastie des Grimaldi

000 Monaco SCAN0054~1

55 Monaco, le boulevard Albert 1er et les nouveaux quartiers

  056 057

56 Alambics de cuivre à Grasse (Alpes-Maritimes), capitale mondiale de la parfumerie

57 Diffuseurs de lavande

58 Provence des collines et de la lavande, au pays de Giono

058

59 La fontaine de la place Peyra, à Vence (Alpes-Maritimes)

059

60 Cannes, le boulevard de la Croisette et le Carlton

061 Mer pins soir SCAN0125~1

61 Ile de Porquerolles (Var)

062 Mer rochers SCAN0124~1

62 Le cap Roux, sur la corniche de l’Esterel

063

63 Préparation des filets de pêche dans le port de Cassis (Bouches-du-Rhône)

064

64 St-Tropez et sa baie, vus de la citadelle

065

65 Amandiers en fleurs (février, région des Baux)

66 Floraison du mimosa en jan­vier (Bormes-les-Mimosas, Alpes-Maritimes)

000 Fenêtre fleurie SCAN0122~1

67 Bougainvillées roses sur une façade de Ramatuelle (Var)

067

68 Chantiers navals de la Ciotat (Bouches-du-Rhône)

068

69 Le travail de la vigne en hiver (région de St-Tropez)

70 Vendanges au Mas de la Dame, près des Baux

071 Tonneaux SCAN0071~1

71 Une exception: l’encavage ej fûts de chêne

 070 071

72 Le mont Faron (Var), ses pins et ses genêts

73 La rade de Toulon (Var)

 072 073

74 Vantaux de bois sculpté à la cathédrale St-Sauveur d’Aix-en-Provence

75 Route bordée de platanes

76 Nef de la basilique de St­-Maximin-la-Ste-Baume (Var)

PRO 077a PRO 077b

77 Maison ancienne à St-Maxi­min-la-Ste-Baume

078 Pêcheur SCAN0112~1

78 Marin provençal

079 Sardines SCAN0112~1

79 Sardines séchées et salées

000 Marseille rue SCAN0074~1

80 La Canebière à Marseille

000 Marseille Vieux-Port SCAN0074~1

81 Barques de pêche et bateaux de plaisance dans le Vieux-Port de Marseille

076

82 L’anse de Figuerolles, près d la Ciotat

83 Un quartier d’Aix-en-Provence

077

84 L’église St-Trophime d’Arles

85 Le cloître St-Trophime à Arles

078

86 Parade des gardians à cheval dans les arènes d’Arles

079

87 Arlésiennes en costume assistant à la Fête du Costume, à Arles

088 Défilé Arles SCAN0103~1

88 Fête de la Saint-Georges dar les arènes d’Arles

082 083

89 Tambourinaires et gardians cheval, rendant hommage à la statue de Frédéric Mistral (Arles)

90 Fête de famille aux Saintes-Maries-de-la-Mer

91 La course camarguaise

084 085

92 Retrouvailles gitanes lors du pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer

093 Sara mer SCAN0100~1 087

93 Procession sur la plage des Saintes-Maries-de-la-Mer

94 Procession de Sara, patronne des Gitans, aux Saintes-Maries-de-la-Mer

95 Dévotion de Gitanes devant Sara, dans la crypte des Saintes-Maries-de-la-Mer

096 Décotte cheval SCAN0099~1 000 Chevaux étang SCAN0087~1

96 Une manade de chevaux camarguais

090

97 «Bandido» dans les rues des Saintes-Maries-de-la-Mer

098 Flamants vol SCAN0088~1

98 Vol de flamants roses (Camargue)

099 Flamants eau SCAN0088~1

99 Flamants roses dans un bras du Vieux-Rhône

100 Phare lune SCAN0097~1

100 Soleil couchant et vol de flamants roses (Camargue)

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Légendes détaillées

1

«Sur le pont d’Avignon, on y danse, on y danse…» Selon la légende, ce pont de pierre aurait été construit à la fin du XlIème siècle par saint Bénézet, un pâtre du Vivarais à qui une voix céleste aurait commandé cette édification. Il semble plutôt que l’origine en soit romaine. Long de près de 900 mètres, le pont Bénezet comptait 22 arches, dont 4 seule­ment ont résisté au temps et aux crues du Rhône. Au moyen-âge, seuls quatre ponts permet­taient de franchir le fleuve, entre Lyon et Valence. Derrière le pont on reconnaît le parc appartenant au Palais des Papes et la chapelle Saint-Nicolas.

2

Le Palais des Papes, à Avignon, est sans doute l’édifice le plus extraordinaire de toute la Pro­vence. Sept papes, tous d’origine française, s’y succédèrent pen­dant près d’un siècle. Avignon n’avait été jusqu’alors qu’une modeste cité. En 1309, la venue de Clément V allait changer le cours de l’histoire. Cet archevê­que de Bordeaux, élu pape lors d’un conclave qui s’était tenu à Lyon quatre ans plus tôt, hésitait à gagner Rome, où la cour ponti­ficale était l’objet de troubles fréquents. Faisant halte au cou­vent des Dominicains d’Avignon, il décida d’y rester, malgré les réticences de Rome. Ses succes­seurs l’imitèrent, si bien que Benoît XII, alors qu’il n’avait pas encore acheté Avignon à la reine Jeanne, entreprit la construction de la partie de l’édifice aujour­d’hui appelée Palais-Vieux. La sobriété y traduit les choix per­sonnels de Benoît XII, ancien moine cistercien opposé à toute forme de luxe. Le Palais-Neuf ressemble au contraire à la demeure d’un prince. L’architec­ture en est osée, brillante, à l’image de Clément VI, pape prodigue, plus attiré par les arts et les fêtes que par les rigueurs ecclésiastiques.

3

Le plafond de la chapelle St-Mar­tial a miraculeusement résisté au temps, aux guerres et aux mul­tiples affectations du Palais des Papes. Il s’agit ici de splendides fresques, peintes entre 1344 et 1345 par l’italien Matteo Giova­netti, et qui évoquent la vie de saint Martial, l’un des évêques envoyés en Gaule, au IIIème siècle, pour y prêcher l’Evangile.

4

Au rez-de-chaussée du Palais-Vieux se trouve aussi la chapelle St-Jean, ou chapelle du Consistoire. Peintes sur le plafond, les fresques, également attribuées à Matteo Giovanetti, le peintre officiel du pape Clément V, y retracent la vie de saint Jean l’Evangéliste et de saint Jean-Baptiste. On relèvera, à propos de ce dernier, que la fête de la Saint-Jean, le 24 juin, continue de revêtir en Provence une signi­fication particulière. C’est en effet à cette date, aux réminis­cences païennes, que les Provençaux font leur provision annuelle d’herbes aromatiques.

5

Le château de Tarascon a été construit à partir du XIIème siècle, sur les restes d’un édifice romain installé au bord du Rhône. Le roi René, souverain ouvert aux arts et à la musique, y séjourna fréquemment. Achevé à la fin du XVème siècle, le châ­teau de Tarascon est sans con­teste l’un des plus beaux de France. Après avoir longtemps servi de prison, il est aujourd’hui ouvert au public. On voit ici la façade de la demeure seigneu­riale, caractérisée par des tours rondes et quadrangulaires, dont la hauteur dépasse 40 mètres.

6

A l’entrée nord d’Orange, l’Arc de Triomphe romain était situé sur l’ancienne «Via Agrippa», menant de Lyon à Arles. Haut de 22 mètres, large de 21 mètres et profond de huit mètres, c’est l’un des édifices romains les plus importants de ce genre. C’est surtout l’un des mieux conser­vés. Erigé après la prise par Jules César de la cité de Marseille, à laquelle il reprochait l’allégeance à son rival Pompée, l’Arc de Triomphe d’Orange retrace la bataille navale au cours de laquelle les soldats romains, infé­rieurs en nombre, choisirent d’éperonner les navires des Grecs de Marseille afin de pou­voir monter à l’abordage. On y voit aussi les exploits de la Hème légion romaine, dont les vétérans fondèrent la ville d’Arausio (Orange). La face est (à droite sur la photographie) comporte trois panneaux divisés par des colonnes corinthiennes. Les six grandes figures d’ennemis enchaînés, surmontées de tro­phées divers, sont sans doute cel­les des chefs gaulois vaincus par l’armée de César.

7

Le théâtre d’Orange est le plus beau de l’ensemble du monde romain. Les gradins, adossés à la colline, donnent sur un extraor­dinaire mur de scène, le seul au monde à avoir été conservé dans son entier. Plus de 7000 person­nes pouvaient assister aux repré­sentations. La scène était proté­gée par un toit et une machinerie complexe permettait de rapides changements de décors. Les acteurs pénétraient par trois por­tes, la porte royale (au centre) et les portes «de la ville» et «de l’étranger», sur les côtés. Le Théâtre d’Orange a été construit sous le règne de l’empereur Auguste, dont la statue, haute de 3 m 50, a été retrouvée brisée et a été replacée, depuis 1950, dans la niche centrale.

8

Les Dentelles de Montmirail cul­minent à 734 m et constituent le premier obstacle montagneux à l’est d’Orange. Leurs rochers en aiguilles sont très appréciés des alpinistes. Sur cette photographie, on aperçoit, dans le fond, la silhouette massive et caractéristi­que du mont Ventoux, dont l’al­titude atteint 1912 m. Sur les con­treforts des Dentelles de Mont­mirail, les nombreuses vignes plantées à flanc de coteau produi­sent des vins qui figurent parmi les meilleurs des Côtes-du-Rhône: Vacqueyras et Gigondas. Vaison-la-Romaine, célèbre pour ses vestiges datant du temps de Jules César, se trouve dans l’im­médiat prolongement nord des Dentelles de Montmirail.

9

L’intérêt premier de Vaison-la-Romaine est de restituer la vie quotidienne de la Provence à l’époque romaine. Malheureuse­ment, la majeure partie des vesti­ges se trouve encore enfouie sous la ville moderne et il sera sans doute difficile de les exhumer. Actuellement exposée au Musée Archéologique de Vaison-la-Romaine, cette très belle tête de Vénus laurée, faite de marbre blanc, a été découverte en 1927 dans la maison des Messii, qui appartenait à une riche famille romaine. Autant l’extérieur en était discret, autant l’intérieur renfermait des installations de grand luxe, salles de réceptions pavées de mosaïques, salles d’apparat, large bassin au centre d’un péristyle à galeries, bains privés, cuisines à double foyer.

10

Cet ornement de tombeau, en forme de masque tragique, d’une hauteur de 90 cm, est exposé, lui aussi, au Musée Archéologique de Vaison-la-Romaine. Grâce aux fouilles du quartier de Puy-min et de celui de la Villasse, c’est toute la vie romaine, celle des humbles comme celle des riches, qui a pu être reconstituée, de la naissance à la mort, en passant par les fêtes, les travaux quotidiens, les activités artisti­ques et même les petits travers des nouveaux possédants: ne lit-on pas, inscrite en latin au-dessus de la loge du concierge, cette mention que ne renieraient pas quelques propriétaires d’au­jourd’hui: «Attention, chien méchant»?

11

Le mont Ventoux (1912 m) vu du nord-est avec, au premier plan, le village de Brantes et la vallée du Toulourenc. Cette vue, prise au printemps, montre bien que le Ventoux, malgré sa silhouette rassurante, est marqué par un rigoureux climat d’altitude. La neige permet encore d’y prati­quer le ski alors que, dans la vallée, les arbres sont déjà en fleurs.

12

Gilbert Bécaud, enfant du Midi, a chanté les marchés de Pro­vence et leurs senteurs. La tradi­tion veut que les meilleures her­bes aromatiques soient cueillies à la Saint-Jean, le 24 juin. Mais les marchands ambulants, qui changent chaque jour de marché et vont de villes en villages, pro­posent toute l’année thym, roma­rin, sarriette, anis, laurier, sauge, serpolet, marjolaine, auxquels viennent s’ajouter piment, raz-el-­hanout et carvi, prisés par les nombreuses familles nord-afri­caines installées en Provence.

13

Un samedi de printemps, sur le marché dApt (Vaucluse). Les marchands proposent les premiè­res cerises, spécialité de cette région où de nombreuses entre­prises fabriquent des fruits con­fits. Mais le marché du samedi, ici comme dans toute la Pro­vence, est d’abord une occasion de parler, «avé fassent» et «avé les mains». On se dit tout, au marché. Les joies et les peines familiales, les ragots de village, les considérations sur le climat, les appréciations sur la vie du monde. Ensuite, et ensuite seule­ment, on évoque le prix et la qualité des fèves, la saveur des fruits. Et tant pis si le chaland repart sans rien acheter. Le mar­chand ne lui en tiendra pas rigueur. Un marché de Provence n’est pas que le domaine des primeurs. C’est le royaume de la parole!

14

Au marché d’Arles, fruits et légu­mes proviennent de la vallée du Rhône, des plaines de Camargue et des immenses domaines du Bas-Languedoc. Les produits n’y sont pas forcément meilleur marché que dans les villes du nord. Mais la lumière du sud et l’ambiance du lieu peuvent faire de simples tomates les joyaux d’un matin.

15

Que serait la cuisine provençale sans ail? L’aïoli ne serait qu’une simple mayonnaise, l’anchoïade une simple potée de poisson, le gigot d’agneau un simple rôti!

Sur le marché de gros de Cavail­lon, on vend chaque semaine des tonnes d’ail… dont certaines, en avant-saison, proviennent par­fois d’Espagne.

16

D’Avignon à Carpentras, d’O­range à Apt, le Vaucluse produit une bonne partie des fruits et légumes de primeurs consom­més en France et au-delà. Ici, sur le marché de gros de Pernes-les-Fontaines, les premiers Pruneal­los rouges et les premiers Gol­den Japon se vendent par cageots entiers, à des intermédiaires qui se chargeront de les acheminer jusqu’à Paris, Genève ou Zurich.

17

Marché d’Arles, un mercredi. Sur l’éventaire des paysans venus des alentours pour vendre leurs produits, tous les légumes de pri­meurs sont présents: asperges, radis, poivrons rouges et verts, courgettes, haricots verts, con­combres, betteraves rouges, tomates, salades. Et aussi, bien sûr, aubergines, indispensables à la confection de la ratatouille.

18

Renommé dans l’Europe entière, le melon de Cavaillon est l’un des fleurons de la production agricole de la basse vallée du Rhône. Sa saveur et sa finesse restent, à ce jour, inégalées.

19

Vision irréelle que celle des Baux, extraordinaire village forti­fié, construit sur un éperon rocheux des Alpilles. Sur un site de 900 mètres de longueur, les Baux comprennent d’anciennes maisons accrochées à la roche et les ruines d’un château d’où les seigneurs, «race d’aiglons, jamais vassale» selon Frédéric Mistral, maintenaient sous leur dépen­dance, dès le début du moyen-âge, près de 80 bourgades pro­vençales. Au château, les Cours d’Amour suscitaient la galanterie la plus chevaleresque. Puis vint, avec Raymond de Turenne, le temps des brigands terrorisant la région. Enfin, avec la mort d’A­lix, dernière princesse des Baux, ce fief revint à la Provence, puis à la couronne de France.

20

A 1 km au sud de St-Rémy-de-­Provence, le plateau des Ami­ques présente les vestiges de la cité romaine de Glanum, détruite au IIIème siècle par les invasions barbares. Deux monu­ments ont survécu à ces temps troublés, le Mausolée (à gauche), qui est en fait un cénotaphe et non un tombeau, et l’Arc muni­cipal. De proportions parfaites, ces édifices sont parmi les plus beaux du monde romain.

21

Cet ancien colombier se trouve dans la Ville-Morte des Baux. On notera la surprenante intrica­tion de la roche et des construc­tions humaines, signe caractéris­tique de toute l’implantation du village des Baux.

22

Construit sur le flanc nord de la chaîne du Lubéron, le petit vil­lage de Lacoste a conservé des temps anciens ses pavements, ses arcades, ses portes, ses pier­res apparentes. Cette rue menait au château qui appartint, à la fin du XVIIIème siècle, au Marquis de Sade, auteur licencieux de Justine.

23

Le Village Noir, à proximité de Gordes, compte plusieurs dizai­nes de «bories», constructions faites de pierres sèches et plates, les «lauzes», et dont certaines comportaient deux étages. Les bories les plus anciennes sem­blent remonter au temps des Ligures, peuple de bergers et de chasseurs dont on a retrouvé des vestiges datant de 1000 ans av. J-C. Certaines bories n’étaient sans doute que des bergeries et des granges mais d’autres ont été habitées pendant de longues périodes de l’histoire.

24

Construit au bord d’une falaise du plateau du Vaucluse, le village de Gordes est l’un des plus pitto­resques de cette région. Domi­nant la vallée de l’Ouvèze, on aperçoit, au-delà, la chaîne du Lubéron. Le château de Gordes, construit à la Renaissance, occupe l’emplacement d’une ancienne forteresse du moyen-âge. Aujourd’hui, cinq de ses salles abritent les expositions d’un musée consacré au peintre Vasarely.

25

Résurgence d’un cours d’eau souterrain non-identifié, la Fon­taine-de-Vaucluse voit bondir les eaux vertes de la Sorgue. Ce lieu est surtout connu pour avoir été le cadre des rêveries nostalgiques du poète italien Pétrarque, qui chanta en des vers grandioses son amour impossible pour la belle Laure, dont il entrevit seu­lement le regard lors d’un office religieux en l’église Sainte-Claire d’Avignon, mais à qui il voua, sa vie durant, une passion platoni­que et dévorante.

26

Entourée de champs de lavande, l’abbaye de Sénanque est l’une des trois abbayes cisterciennes de Provence. De style roman, elle fut fondée en 1148 dans ce lieu désertique, à quelques kilo­mètres de Gordes, dans l’étroite vallée de la Sénancole. Depuis le départ des moines, en 1969, l’abbaye s’est muée en centre culturel.

27

La vie monastique des abbayes cisterciennes de Sénanque (notre photo), de Silvacane et du Tho­ronet a marqué une période importante de la Provence. Le travail des champs et la contem­plation mystique occupaient en­tièrement la journée des moines, qui ne quittaient, à aucun moment de leur existence, l’enceinte de l’abbaye. L’austérité du lieu faisait pendant à l’austérité de leur quotidien.

28

Les Noëls de Provence savent mêler foi et bonhomie. Les san­tons en sont la preuve. Figuri­nes hautes d’une dizaine de centimètres, ils sont faits d’argile crue et peinte et représentent surtout des personnages issus de la tradition provençale. On voit ici l’Arlésienne, le Curé de Cucugnan, la Femme à l’Ail et le Berger.

29

Créés voilà deux siècles par le marseillais Jean-Louis Lagnel, les santons de Provence sont aujourd’hui fabriqués par une poignée d’artisans (ici, Laurent Bourges, santonnier à St-Rémy). Après moulage, la figurine d’argile crue est soi­gneusement ébarbée et sera ensuite séchée puis peinte à la main.

30

Sous le soleil de midi, le village de Roussillon (Vaucluse) doit son nom à la couleur de l’ocre, dont les nombreuses carrières alentour constituèrent longtemps le principal revenu de la région. Cette couleur, présente dans le matériau de construction des maisons, est caractéristique de la petite bourgade, installée sur un promontoire situé entre la vallée du Coulon et le plateau du Vaucluse. En 1950, le sociologue américain Laurence Wylie séjourna plusieurs mois à Rous­sillon et son livre, résultat de ses nombreuses observations, fut accueilli fraîchement par ses habitants. Il y décrivait pourtant quelques travers qui, le tourisme aidant, se sont largement déve­loppés depuis.

31

Les environs d’Apt (Vaucluse) sont riches en carrières d’ocre, dont certaines sont encore -modestement – exploitées aujourd’hui. La friabilité du ter­rain, la couleur changeante de l’ocre et les effets de l’érosion ont donné naissance à des spec­tacles naturels d’une rare beauté. C’est le cas, ici, du Colorado de Rustrel où, sur plusieurs kilomè­tres, le promeneur pourra par­courir des paysages aux aspects lunaires et irréels.

32

A proximité de Roussillon, le tourisme et l’exode rural trans­forment peu à peu paysages et traditions. Les cerisiers en fleurs donneront sans doute des fruits que personne ne cueillera et les vignes, laissées à l’abandon comme le mas lui-même, ne pro­duiront plus de ce vin, coloré et modeste, qui est l’apanage de cette région. Ce dépeuplement de l’arrière-pays vauclusien, s’il ne constitue pas encore la règle, révèle cependant un danger non-négligeable. La Provence, capable d’élaborer des produits de qualité, supporte difficilement la concurrence née de l’ouver­ture des frontières européennes.

33

Le centre du village de Bon­nieux, en plein Lubéron. Hors de la saison touristique, la popu­lation va décroissant et vieillis­sant. C’est que les emplois man­quent dans la région. Près de la fontaine, les rencontres et les discussions se font rares. La Pro­vence des collines s’endort d’un sommeil d’où elle s’extirpera dif­ficilement.

34

A Mouriès, le troisième dimanche de septembre est l’oc­casion de la fête annuelle des oli­ves. La cité est le centre de la production oléicole provençale. Est-ce le fait de l’olivier et du symbole de paix qu’il incarne, toujours est-il que l’accueil de Mouriès, la fraternité de ses ter­rasses et la complicité ombragée de sa place en font une étape agréable, au nord de la plaine aride de la Crau, au pied de la chaîne des Alpilles et à proxi­mité des Baux-de-Provence.

35

A mi-juin, aux environs de For­calquier (Alpes de Haute-Pro­vence), les blés sont déjà presque mûrs. La vallée de la Durance jouit en effet d’un climat favo­rable et l’irrigation que permet la rivière rend cette région fertile et productive. A la différence des maisons de villages, blotties les unes contre les autres, les mas agricoles constituent un habitat dispersé, largement autonome, où il n’est pas rare que les famil­les fabriquent encore leur pain pour toute une semaine.

36

Le prieuré de Ganagobie (Alpes de Haute-Provence) date du Xème siècle mais l’église et son étonnant portail ont sans doute été construits au XlIème siècle. Le portail, fait de cinq voûtes en arc brisé, posées sur des colon­nettes rondes ou festonnées sur­montées de chapiteaux corin­thiens, est particulièrement remarquable, bien que les festons de pierre, vraisemblable­ment rajoutés au début du XVIème siècle, soient d’une fac­ture inattendue. Le tympan représente le Christ en majesté entouré par les symboles des quatre évangélistes et dominant deux anges peu rassurants. Le linteau présente les douze apô­tres protégés par huit petites arca­tures. Saccagé au cours de guerres de religion, le prieuré cessa toute activité au lendemain de la Révo­lution de 1789. Mais, depuis la fin du XIXème siècle, il a été rendu à son affectation primitive. Des moines bénédictins de l’ab­baye de Hautecombe (Savoie) s’y sont installés et ont renoué avec la vie monacale.

37

Située au passage d’une impor­tante cluse de la Durance, Siste­ron (Alpes de Haute-Provence) constitue la porte entre le Dau­phiné et la Provence. C’est ici qu’apparurent en 1419, pour la première fois en France, des bor­des de Tsiganes venus d’Europe centrale. Sans doute au souvenir d’autres invasions, les Sisteron-nais les nommèrent – et les nom­ment encore – «Sarrasins» mais leur réservent un accueil amical. Perchée sur l’impressionnant rocher de la Baume, la citadelle commande le pont et pouvait empêcher tant le franchissement de la Durance que la navigation sur la rivière.

38

A proximité du mont Pelat, le plus haut sommet des Alpes de Haute-Provence (3051 m), au pied du «trou de l’Aigle» (2962 m), le col de la Cayolle permet de passer, par une route sinueuse niais en bon état, du départe-nient des Alpes Maritimes à celui des Alpes de Haute-Pro­vence. Ici, à l’altitude de 2327 m, les neiges de l’hiver persistent jusqu’à l’entrée de l’été, preuve en soit cette photographie, prise le jour de la Saint-Jean (24 juin). Toute cette région, particulière­ment inhospitalière, est quasi­ment inhabitée et le col reste fermé près de six mois par an.

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A une altitude de 835 ni, Gréo­lières (Alpes Maritimes) est le type-même du village provençal perché. Construit au pied du massif du Cheiron, face à la montagne du Gros Pounch (visible en arrière-plan), Gréoliè­res surplombe la vallée du Loup de près de 400 mètres. L’église abrite un très beau retable de Saint-Étienne (1480) ainsi qu’une Vierge en bois sculpté (Xème siècle) et une croix de proces­sion plaquée d’or et d’argent. Quant au château féodal, sa par­ticularité en est l’enceinte à cinq pans. Mais l’état de ruines ne permet guère de le remarquer.

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La transhumance des moutons a existé de tous temps. Elle per­siste aujourd’hui, même si l’im­portance des troupeaux va s’amenuisant et si nombre d’al­pages restent désormais aban­donnés. C’est que le travail est rude et ne nourrit guère son homme. Cette photographie a été prise à la mi-juin, à proximité du col du Fa. Les hommes et les bêtes sont partis le matin-même, en camions, de Vidauban (Var). Cinq heures de route pour 300 km. Puis, à pied, les trois bergers ont mené les mille mou­tons à travers les chênaies, les vallons, les collines et les flancs de rocaille. Enfin, alors que le jour baisse, ils arrivent à proxi­mité du hameau, seulement habité de juin à décembre. Bien­tôt, les plus vaillants (hommes et animaux) reprendront leur chemin vers les hauteurs, à la recherche d’herbe nouvelle, jusqu’à atteindre au mois d’août des altitudes de plus de 2000 ni.

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Robert Manuel, un berger pro­vençal comme il risque de n’en existera bientôt plus. Dans sa famille, on est berger de père en fils. Mais Robert n’a pas d’en­fants et, quand bien même, ce métier est devenu tellement aléa­toire qu’il ne sait plus retenir les jeunes, attirés par les facilités de la ville. Robert Manuel le regrette mais admet qu’il ne pourra s’y opposer. Avec les hommes de son espèce dispa­raîtra peu à peu un métier qui existe depuis l’aube des temps. Durant la Préhistoire, des hom­mes se levaient déjà, la nuit, pour surveiller leurs troupeaux de moutons. Les premières drail­les (sentiers) de transhumance remontent au néolithique et cer­taines sont encore employées aujourd’hui. Cette sagesse des hommes, cette acuité du regard, cette position des deux mains posées, calmement, sur un bâton façonné pendant les longues heures de surveillance, tout cela est en sursis. A moins que les nécessités de la survie repren­nent le pas, d’ici peu, sur les facéties et les artifices du monde moderne.

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Ajouré d’arcades soutenues par de fines colonnettes, le clocher de l’église de Moustiers-­Ste-Marie (Alpes de Haute-Pro­vence) est de style roman lombard. Autour de l’église se groupent les anciennes maisons de ce village qui fut d’abord un monastère – d’où le nom de Moustiers – fondé par des moi­nes de Lérins en 432. Un autre moine, bien plus tard, apportera à Moustiers une nouvelle renommée: venu de Faënza, ce moine inconnu aurait enseigné à un potier l’art d’obtenir l’éton­nant blanc laiteux qui fait de Moustiers, depuis plus de trois siècles, un important centre de la poterie d’art. A noter aussi qu’une chaîne de fer forgé, longue de 227 ni., est tendue entre les deux sommets surplombant la ville. Portant une étoile dorée, elle aurait été ins­tallée là au temps des Croisades, pour remercier le sort d’avoir permis la libération d’un certain chevalier de Blacas.

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A proximité de Moustiers-Ste­-Marie, le Grand Canyon du Ver­don présente le plus surprenant paysage naturel de toute la Pro­vence. Affluent de la Durance, le Verdon a creusé dans les pla­teaux calcaires de Haute-Pro­vence un extraordinaire défilé, long de plus de 20 km, et dont les gorges successives atteignent des profondeurs allant de 250 à 700 ni! Cette vue, prise de la Corniche Sublime, plonge sur le cours du modeste Verdon, dont il est difficile de croire qu’il fut la cause d’une si formidable entail­le naturelle. Deux routes, l’une construite en 1928, l’autre en 1947, permettent de s’approcher en plusieurs points des abords immédiats de la falaise mais il est conseillé de franchir les der­niers mètres à pied, pour être mieux saisi par la démesure du lieu. Les parois rocheuses du Grand Canyon sont aussi un lieu de prédilection pour les varap­peurs et alpinistes chevronnés, tandis que le cours de la rivière, bien que particulièrement dange­reux, attire parfois quelques intrépides navigateurs et leurs canoës.

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L’olivier est vraiment le symbole vivant de la Provence. Pourtant, ce sont les Phocéens qui, après s’être installés à Marseille, en enseignèrent la culture et les soins aux agriculteurs de l’arrière-pays. L’olivier, qui fleurit au prin­temps, ne permet la cueillette des olives vertes qu’en octobre, et celle des olives noires à fin novembre. L’arbre est presque immortel et peut renaître d’une simple souche. Mais, depuis le redoutable hiver de 1956, on ne trouve plus guère d’oliviers de dimensions et d’âges vénérables. Le gel a eu raison de la plupart d’entre eux. Pourtant, certains, que leurs propriétaires avaient abandonnés sans les arracher, les croyant morts, ont poussé des rejets après une, deux, voire trois années sans vie.

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Vertes, noires, petites de Nice ou grosses de Mouriès, en saumure ou à l’huile, aux herbes, aux piments, au citron, à la grecque ou en tapenade, les olives de Provence constituent un excel­lent aliment, riche et complet. Elles précèdent ou accompa­gnent des dizaines de plats et l’huile, obtenue par pression à froid de l’olive noire, est un mets si «goûteux» que certains se con­tentent de l’apprécier, seule ou presque, juste étalée sur un croû­ton de pain. Pourtant, les habitudes alimen­taires modernes, auxquelles s’ajoutent la concurrence des pays situés au sud de la Méditer­ranée et le coût croissant de la main-d’œuvre, font que de nom­breuses olivettes (vergers d’oli­viers) ne sont plus cultivées.

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Jean Pagnol a merveilleusement résumé les touchants rapports de l’homme et de l’olivier: «Face à face d’une émouvante simplicité, l’homme, l’outil à la main, le jaugeant du regard, lui,  attendant les bienheureuses bles­sures qui le forment et lui per­mettent de respirer plus longue­ment, de recevoir les chauds rayons du soleil et la pluie bien­faisante qui gonfleront ses fruits. Dans cette connivence secrète, l’homme, avec des gestes sûrs, d’une douceur infinie, coupe, taille, en prenant bien soin de ne pas détruire les espoirs de la future récolte (petits bourgeons accompagnant la pousse des feuilles, qui ne se développent I que l’année suivante pour donner naissance à ses fleurs). L’homme va, vient, virevolte, recule, juge de l’effet-, une retouche, et l’arbre s’épanouit.»

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A l’ombre de l’église Saint-Sau­veur de Manosque (Alpes de Haute-Provence), cinq vieilles femmes et une poussette. Edi­fiant résumé de la vie de cette cité d’arrière-Provence que les hommes en âge de travailler ont progressivement désertée au fil des dernières décennies. Heureusement, l’agriculture continue d’apporter un revenu non-négligeable et, surtout, l’implantation de la centrale nucléaire de Cadarache attire de nouveaux habitants, qui ont sur les touristes l’avantage de rester plus de quelques semaines. Jean Giono, qui a vécu de nombreuses années à Manos­que, l’a fréquemment décrite dans ses livres. Elle porte le surnom de «Pudique» depuis qu’en 1516, la fille du consul local, ayant attiré les regards du roi François Ier passant par là, exposa son teint   d’adolescente à des vapeurs de soufre pour mettre fin à l’émoi éprouvé par le souverain.

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En Provence, on peut lire -même – sur une fenêtre fermée. Voyez celle-ci. Certes, vous ne pourrez pas dire avec exactitude où elle se trouve. Mais observez bien. Les volets sont fermés mais les gonds, pas plus que les char­nières de mi-hauteur, n’ont l’as­pect de l’abandon. Pourtant, on est en plein jour, comme l’atteste l’ombre traversante. C’est sans doute l’heure de la sieste. Mais, aux premières heures de l’après-midi, la lumière de Basse-Pro­vence serait plus chaude, plus jaune. On est donc en montagne. Mais dans une ville tout de même, ou en tout cas dans un gros bourg. La moulure du lin­teau supérieur ne conviendrait guère à un mas campagnard et la possibilité de relever la partie basse du volet montre que les habitants, à l’heure où montent les rumeurs de la rue, souhaitent pouvoir soulever la jalousie pour observer sans être vus. Mais où les bruits de la rue succèdent-ils immédiatement au calme de la sieste? Et pourquoi une maison où l’on célébra les arts est-elle à ce point décatie, sans que l’aban­don en soit la cause? Il faut que le lieu, après avoir vécu des périodes fastes, soit tombé dans une certaine torpeur économi­que. Tel est le cas de Sospel, bourgade de l’arrière-pays niçois, qui fut au XVème siècle le siège d’un évêché dépendant des papes d’Avignon, qui fut long­temps une cité piémontaise et qui, comme ses semblables aujourd’hui, vit plus de souve­nirs que de projets.

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Sospel (Alpes Maritimes). Les maisons sont alignées sur les deux rives de la rivière Bévéra. Les tuiles sont encore proven­çales mais la présence des bal­connets annonce la proximité de l’Italie. L’altitude n’est que de 349 ni mais les hivers sont sévè­res. On est là au cœur des Alpes Maritimes, dans une vallée encaissée. Sospel est d’ailleurs un centre agréable d’où les voya­geurs partent pour de longues excursions en montagne.

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Nice, le Quai des Etats-Unis et, au second plan, la Promenade des Anglais. Toute cette partie de la Provence a appartenu, de 1388 à 1860, à la maison de Savoie. Mais, avant même le rattache-nient à la France, ce sont des Anglais qui découvrirent la beauté du site. Installés dans les premières villas de ce qui allait devenir la Côte d’Azur, ils avaient pris à leur charge l’entre­tien du chemin qui, contigu au rivage, leur servait de prome­nade. D’où le nom du lieu.

Quant à la ville, elle compte aujourd’hui 400000 habitants et un aéroport dont les pistes ont été gagnées sur la mer. Son car­naval et sa vieille ville attirent des milliers de touristes et ses nombreux musées font un peu oublier que, dès la nuit tombée, les trafics les plus louches s’orga­nisent à la faveur de l’obscurité.

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Rue Grimaldi à Roquebrune (Alpes Maritimes). La cité, qui occupe le bord de mer entre Menton et Monte-Carlo, a d’abord appartenu aux comtes de Provence et à la République de Gènes, avant d’être cédée à la famille des Grimaldi qui, des Baux à St-Tropez et à Monaco, constituait une puissance redou­tée dans toute la Provence. En 1861, lors de l’annexion de Nice, Roquebrune et Menton furent achetées au prince de Monaco par Napoléon III. Sur les murs modestes, couleurs et styles témoignent de ce passé tandis que la joie de vivre de deux gos­ses atteste, elle, la douceur du présent.

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Menton (Alpes Maritimes) est la station la plus chaude de la Côte d’Azur. Des arbres aussi délicats que les citronniers, qu’une tem­pérature de -3 degrés anéantit, y fleurissent à l’air libre. La vieille ville, accrochée à flanc de colline, est un dédale de ruelles voûtées et les maisons, serrées les unes contre les autres, joux­tent l’église St-Michel dont la façade baroque et le campanile à l’italienne dominent le port, le quai Bonaparte et la plage des Sablettes.

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Marina-Baie-des-Anges, à proxi­mité de Villeneuve-Loubet (Alpes Maritimes). L’architecte André Minangoy a cons; LI un ensemble résidentiel moderne, aux formes hélicoïdales, dont les terrasses successives, du faîte à la plage, constituent autant de jar­dins suspendus. Un port de plai­sance, une école de plongée, des locations de bateaux et de plan­ches à voiles, plusieurs cafés et restaurants et de multiples maga­sins contribuent à faire de ce lieu le «complexe marin de l’an 2000». Hélas, ces splendides appartements ne sont habités, pour la plupart, que quelques mois par an et leurs occupants, couche-et-lève-tard, ignorent sans doute que, chaque matin, une demi-douzaine de marins amateurs s’en vont, à bord d’une modeste barcasse, jeter au large des filets que, de retour sur la plage de galets, ils halent ensuite longuement, dans un ahane­ment rythmé, avec pour toute pêche quelques petits poissons de roches qui serviront à confec­tionner une bouillabaisse à s’en lécher les babines. Ce type de pêche, hérité des Grecs, date de près de 2500 ans. Deux âges, deux mondes, se côtoient et s’ignorent.

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Construit sur un rocher haut de 65 m, le Palais de Monaco est constitué par une forteresse datant de 1215, transformée au XVIIème siècle, pillée pendant la Révolution et restaurée, par le prince Albert à la fin du siècle dernier et dans la seconde moitié du XXème par le prince Rainier III, actuel prince régnant et des­cendant de la dynastie des Gri­maldi qui, dès 1308, achetèrent aux Génois la seigneurie de Monaco.

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La principauté de Monaco est minuscule (180 hectares) et nom­breux sont ceux qui voudraient, privilège fiscal oblige, rejoindre les 27 000 habitants dont certains, faute de place, s’entassent dans des quartiers de béton, accrochés à flanc de rocher, comme celui de la Condamine, au-dessus du port, entre Monaco et Monte-Carlo. Au premier plan, on remarque le boulevard Albert 1er, qui fait partie du circuit automobile de 3145 ni, tracé en pleine ville et sur lequel, chaque année, s’af­frontent les meilleurs coureurs. A quelques centaines de mètres de là, le casino de Monte-Carlo fait et défait les fortunes depuis plus d’un siècle.

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Grasse (Alpes Maritimes) est la cité des parfums. 35 usines distil­lent les quelques 1500 tonnes de roses, de fleurs d’oranger et de jasmin récoltées chaque année dans les environs. Elles utilisent pour cela d’impressionnants alambics de cuivre, dans lesquels un mélange de fleurs et d’eau, porté à ébullition, permet, par différence de densité, de séparer les parfums rares. D’autres pro­cédés, faisant appel à des techni­ques plus modernes, complètent ce processus et permettent d’obtenir l’«absolue pure de pom­made» et l’«absolue de con­crète», recherchés par les parfu­meurs du monde entier.

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La Provence des collines est le pays de la lavande. Outre l’ex­traction des essences, la fleur est parfois, en association avec son propre parfum, enfermée dans ces petits diffuseurs, de fabrica­tion artisanale, qui savent vous embaumer une pile de draps, une armoire ou un vestibule. Afin de permettre aux senteurs de s’évaporer lentement, la base de ces fioles est faite de terre brute, la partie supérieure étant, en quelque sorte, réservée à l’ap­parat. On trouve généralement de tels diffuseurs dans les échoppes d’artisans et les mar­chés de villages.

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Dans la région de Sault (Vau­cluse), des hectares entiers du plateau d’Albion sont plantés de lavande vraie, destinée à la parfumerie, et de lavandin, hybride de la lavande, utilisé dans l’industrie. Au début du mois de juillet, la floraison des lavandes donne aux versants exposés des couleurs irrem­plaçables. Mais la lavande se vend mal et, surtout, le plateau d’Albion renferme désormais des missiles nucléaires de l’ar­mée française. C’est dire que le promeneur risque plus, au détour du chemin, de rencon­trer une camionnette militaire qu’un charroi agricole.

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Promue au rang de cité romaine par l’empereur Auguste, l’anti­que Vintium devint, dès 374, un siège épiscopal nommé Vence. Pillée par les Lombards et les Sarrasins, la cité échappa ensuite à de multiples dangers. Elle conserve aujourd’hui, à l’abri de son enceinte médié­vale, des lieux d’un calme exquis, telle la place Peyra, ornée d’une fontaine érigée en 1822 et alimentée par les eaux de la source romaine de la Foux.

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Cannes (Alpes Maritimes). Sur la célèbre Croisette comme sur tout le littoral, le tourisme estival et ses entassements humains sont en passe de sup­planter les villégiatures hiverna­les. Pourtant, en retrait de la plage, le boulevard de la Croi­sette conserve ses fastueuses façades, ses hôtels de luxe (Carl­ton, Miramar), son Palais des Festivals. C’est là que se déroule le prestigieux Festival Internatio­nal du Cinéma. Mais les starlet­tes ne se pavanent plus, comme dans les années cinquante, sous les palmiers et les essences rares de la promenade. La cité est devenue sérieuse et le cinéma semble hésiter entre l’art et les affaires.

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La plage d’Argent, sur l’île de Porquerolles (Var). A la diffé­rence du littoral varois, littérale­ment assiégé par le tourisme et la circulation automobile, lite de Porquerolles n’a pratiquement pas changé au cours des derniè­res décennies. Acquise par l’État, dans sa presque-totalité, elle n’abrite, sur ses quelque 8 km de longueur, que quelques habi­tants, pour la plupart concentrés dans le petit port, bâti par l’admi­nistration militaire à la fin du siècle dernier, et qui a donné son nom à file. Quelques vignobles et des forêts de pins constituent l’essentiel de la végétation. Le visiteur trouvera intérêt à gagner à pied, en moins d’une heure, le phare installé au sud de l’île, près du cap d’Arme. De là, il obser­vera l’ensemble de l’île et la côte sud-est, dont les falaises consti­tuent une surprenante vision.

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Avancée de roches rouges, sur la corniche de l’Esterel, le cap Roux semble guetter le moindre fris­son de la Méditerranée. C’est que la mer du milieu peut en quelques minutes abandonner son aspect calme et rassurant au profit de vagues courtes et ner­veuses, qui déferlent rageuse­ment sur les avancées rocheuses. De la Napoule à St-Raphaël, les rochers aux couleurs de feu jouent avec l’indigo de l’eau. Des baies minuscules s’immiscent entre les escarpements, des îlots moussus d’algues et de lichens crèvent la surface de la mer, des récifs clairs transparaissent au travers d’une eau limpide et comme phosphorescente. Une route, construite en 1903, permet de suivre en voiture les sinuosités du littoral. Le relief accidenté n’a pas permis que le rivage se trans­forme en un ruban ininterrompu de villas et d’hôtels. Seuls, quel­ques petits villages de pêcheurs (Agay, Anthéor) ont réussi à se lover au creux des baies les plus larges.

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En Méditerranée, la pêche est essentiellement artisanale. Mal­heureusement, la faune aquati­que s’épuise peu à peu, du fait de l’évolution des techniques et de la pollution due aux industries du littoral. Verra-t-on encore longtemps ces simples barques à bord desquelles un ou deux pêcheurs rafistolent, à quai, leurs filets avant d’aller les jeter au large? Dans les ports, les places sont chères et nombreuses sont les communes qui préfèrent, contre leur propre intérêt, y accueillir des plaisanciers plutôt que des artisans-pêcheurs. Fau­dra-t-il faire venir de Bretagne les poissons nécessaires à la confec­tion de la bouillabaisse? Les mau­vaises langues affirment que c’est le cas depuis longtemps déjà!

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Le vieux village de St-Tropez, vu de la citadelle. Au premier plan, on observe les toits aux tuiles rondes et l’église, de style baro­que italien, datant du XVIIIème siècle. C’est devant cette église, ainsi

que dans les ruelles de la cité, que se déroule, les 16 et 17 mai, la Bravade au cours de laquelle des mousquetaires en armes font tonner leurs trom­blons en l’honneur de Saint Tro­pez. Au-delà, on aperçoit le môle Jean-Réveille et la baie dont les eaux sont agitées par un fort mistral, malgré la barrière que le massif des Maures oppose au vent soufflant du nord.

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En Basse-Provence, le premier réveil de la nature est marqué, dès le début de février, par la flo­raison des amandiers, alors que la vigne n’a pas encore poussé le premier bourgeon. C’est un spectacle rare que cette scintil­lante apparition. Mais gare au mistral, qui souffle parfois à plus de 100 km/h et gare au gel, qui pourrait compromettre la récolte.

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Première apparition colorée dans la pâleur de janvier, la floraison des mimosas égaye les contre­forts de la Côte d’Azur. Le village le plus renommé pour l’abon­dance de ces fleurs est Bormes-les-Mimosas, où une fête salue, chaque année, la renaissance de la nature. Importé, le mimosa n’est présent en Provence que depuis un peu plus d’un siècle. Mais il tend aujourd’hui à proli­férer et à menacer les cultures, malgré le gel de 1956 qui, bien qu’ayant brûlé les tiges aérien­nes, n’a anéanti aucune des souches.

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Splendide jeu de couleurs. Le rose des bougainvillées se marie harmonieusement avec le violet des volets et le blanc cassé de la façade. Comment, en un tel lieu, le geste des humains pourrait-il être disgracieux? Photographie prise à la mi-juin dans la ruelle des Sarrasins, à Ramatuelle (Var). Ce village ancien, installé sur une colline, a en effet été occupé pendant 60 ans par les Sarrasins, avant d’être donné, en 1056, aux moines de l’abbaye de Saint-Vic­tor, à charge pour eux de le pro­téger contre d’éventuels envahis­seurs. Une enceinte défensive entoure les maisons et, sur la place, subsiste un ormeau qui a été planté au temps de Sully (première moitié du XVIIème siècle). C’est au cimetière de Ramatuelle que l’acteur Gérard Philipe a choisi d’être enterré.

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Les chantiers navals de la Ciotat (Bouches-du-Rhône) ont été mis en service voilà plus d’un siècle, sur l’emplacement de l’ancien port phocéen de Cithariste. Depuis une quinzaine d’années, la «Grande Forme» permet de recevoir, pour réparations, des pétroliers de plus de 300000 ton­nes. Mais les chantiers, qui occu­paient encore 6000 travailleurs à la fin des années 70, sont aujour­d’hui sévèrement touchés par la crise industrielle et la concur­rence de pays tels que le Japon et la Pologne. De nombreux licen­ciements ont été nécessaires et rien ne laisse actuellement pré­voir une quelconque améliora­tion de la situation.

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Les plantations de vigne cou­vrent une partie importante des surfaces cultivables. On en trouve dans la vallée du Rhône, sur les contreforts du Ventoux, sur les coteaux d’Aix, dans la majeure partie de l’arrière-pays varois, au surplomb de quelques calanques, dans les sables de Camargue et jusque dans la pres­qu’île de St-Tropez, d’où l’afflux touristique ne semble pas près de les déloger. L’estivant, habitué aux grappes mûrissantes, ignore peut-être le travail attentif que nécessite, en hiver, la taille des sarments. En voici une image, prise au début février entre Ramatuelle et le cap Camarat.

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Vendanges au mas de la Dame, près de Baux-de-Provence (Bou­ches-du-Rhône). Les vins de Provence, à l’exception de ceux des Côtes-du-Rhône, sont encore très irréguliers, malgré l’appellation contrôlée dont cer­tains (Côtes de Provence) ont récemment bénéficié. Ce n’est pourtant pas le soleil qui man­que. Mais une longue habitude de surproduction, faisant passer la qualité avant la qualité, n’a pas encore totalement disparu. Aussi l’amateur de bons vins en est-il réduit à des expériences empiri­ques lui permettant de déceler, parmi des dizaines de vignobles d’aspect et de situation pourtant identiques, celui qui produira un vin lui donnant entière satis­faction.

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Rares sont, parmi les vins des Côtes de Provence, ceux qui séjournent et vieillissent dans des fûts de chêne. La production intensive, destinée à élaborer des vins de qualité et de prix moyens, les destine plutôt aux cuves de métal ou de ciment. Aussi faut-il saluer l’effort de certains produc­teurs qui maintiennent la tradi­tion et respectent ses exigences. C’est le cas, entre quelques autres, des caves du château de Selle, appartenant aux domaines Ott. Mais – on n’a rien sans rien! – les tarifs pratiqués mettent alors une bouteille de Côtes de Provence au prix d’un honnête bourgogne…

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Le mont Faron (542 m) domine la ville et le port de Toulon (Var). Ce petit massif calcaire, entaillé de nombreuses vallées, se nimbe au petit matin de brumes venues de la mer. Les pins parasols et les genêts en fleurs prennent alors des teintes et des silhouettes de mystère et de solitude, contras­tant à l’extrême avec le bruit et les embouteillages qui caracté­risent la ville, toute proche, de Toulon.

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Toulon à la tombée de la nuit. Cette vue, prise du haut du mont Faron, s’ouvre sur les hauts bâti­ments de la ville moderne (Tou­lon s’est vu confier, voilà une dizaine d’années, le statut admi­nistratif de Préfecture du Var, jusque-là dévolu à Draguignan), la vieille ville aux rues sombres et étroites, le port militaire abri­tant la flotte française de Médi­terranée et le port commercial où arrive justement, éclairé d’une vive lumière, le ferry en provenance de Corse. Au-delà de la rade, sur la droite, se profile la silhouette de la presqu’île de St-Mandrier.

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Ce chef-d’œuvre de la sculpture sur bois date du début du XVIème siècle. Mais rares sont les visiteurs qui, à Aix-en-Pro­vence, connaissent son existence. Il se trouve en effet sur les van­taux du grand portail de la cathé­drale Saint-Sauveur mais ces vantaux sont eux-mêmes cachés par une fausse porte sans goût ni grâce. Sculptés dans du noyer par le toulonnais Jean Guira­mand, ils présentent les quatre grands prophètes d’Israël, instal­lés chacun dans une niche de style mi-gothique, mi-Renaissance. La grande nef de l’église Saint-Sauveur renferme, quant à elle, le célèbre triptyque du Buisson ardent, peint vers 1476 par Nico­las Froment, à la demande du roi René.

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Vision traditionnelle de la cam­pagne provençale, une route bor­dée de platanes. Avant que les autoroutes n’aient drainé l’essen­tiel du flux automobile des périodes de vacances, de tels ali­gnements d’arbres ont coûté la vie à d’innombrables conduc­teurs imprudents. Mais avouez qu’une route aussi agréablement ombragée a plus de charme qu’un double ruban de béton, écrasé de soleil ou cinglé de mistral. La petite histoire veut que ce soit Napoléon 1er qui ait ordonné la plantation de platanes en bordure immédiate des routes du sud, afin que ses armées puis­sent se déplacer à l’ombre…

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La basilique de St-Maximin-la-Ste-Baume (Var) est le plus important des édifices gothiques de Provence. Construite entre 1295 et 1532 sur l’emplacement d’une chapelle mérovingienne, elle présente à l’extérieur un aspect trappu dû à l’absence de clocher et aux contreforts mas­sifs permettant de soutenir les murs de la nef. Celle-ci, haute de 29 m, comporte des ogives dont les clés de voûte s’ornent du bla­son des comtes de Provence et des rois de France.

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Tout près de la basilique de St-Maxi ni 1 ii-de-la-Ste-Baume, cette maison au large perron abrite – on distingue à peine les lettres inscrites au fronton – la Percep­tion, rebaptisée Trésor Public, comme cela est précisé sur la porte. Voilà qui explique la pré­sence de barreaux aux fenêtres. Mais avouez qu’il doit être doux de venir payer ses impôts dans un endroit si romantique…

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Sur tout le littoral de la Provence, on croirait parfois que les marins se font à plaisir la tête de Marius, le héros marseillais de Marcel Pagnol.

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Galéjade que cette histoire selon laquelle une seule sardine serait capable de boucher l’entrée du Vieux-Port. Aussi méticuleuse­ment empilées, les sardines ne peuvent avoir que le sens – et le respect – de l’ordre. Les Marseil­lais ont manifestement l’imagina­tion débordante.

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La Canebière est la plus connue, la plus fameuse des avenues de Marseille. Adossée au Vieux-Port, elle monte à l’assaut de la ville, dans le luxe de ses maga­sins et le concert de ses klaxons. Le grouillement humain s’apaise quelque peu à la fin de la semaine, laissant place aux pro­meneurs, aux touristes… et aux jeunes mariés, venus exhiber dans leur automobile festonnée de blanc leur bonheur tout neuf. Mais les apparences ne doivent pas tromper. Marseille est une immense cité où la vie n’est pas toujours facile. La crise de l’em­ploi désigne trop souvent à la vindicte populaire les immigrés nord-africains installés dans les quartiers les plus pauvres.

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Sur le Vieux-Port de Marseille, les barques de pêcheurs côtoient désormais les embarcations des plaisanciers. La pêche artisa­nale reste le revenu, principal ou d’appoint, de quelques cen­taines de Marseillais. Mais elle représente aussi une tradition et, pour certains, un plaisir dont ils ne se priveraient à aucun prix.

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L’anse de Figuerolles, près de la Ciotat, ressemble à s’y méprendre aux calanques situées à l’ouest de Cassis. Sim­plement, la montagne qui la surplombe plonge de manière plus abrupte dans la Méditerra­née. De tels lieux ont toujours constitués des havres bienve­nus pour les navigateurs surpris par la tempête. Aujourd’hui, protégées par la quasi-impossi­bilité de construire des routes d’accès, la plupart des calan­ques continuent de présenter cet aspect idyllique, loin de la vie trépidante du monde moderne.

83

Ancienne capitale de la Pro­vence, Aix a toujours éprouvé une faiblesse pour le confort bourgeois. Même dans ses quartiers modestes (ici à proxi­mité de la cathédrale St-Sau­veur) de simples fenêtres tra­hissent ce penchant. Balconnet de fer forgé, fenêtres fleuries, aux croisillons et aux linteaux classiques. L’ombre apaisante et la forme d’un réverbère ajou­tent encore à cette impression, au demeurant fort agréable.

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L’église SI-Trophime d’Arles (Bouches-du-Rhône) possède un splendide portail de style roman provençal, malheureusement souillé par la pollution et les in­tempéries. Au fronton, le Christ tient à la main le livre des Evan­giles tandis qu’il bénit de l’autre, entouré par les figures symboli­ques représentant les quatre principaux apôtres.

C’est dans cette église, dédiée à un apôtre d’origine grecque auquel on doit l’évangélisation de la Provence, que le roi René épousa Jeanne de Laval.

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Le cloître St-Trophime est l’un des plus beaux de Provence. Construit en deux temps, aux XIIIème et XIVème siècles, il ser­vait autrefois aux chanoines de la cathédrale d’Arles. Au faîte des colonnes doubles, les chapi­teaux sont tous différents. Les uns représentent des scènes tirées de l’Ancien Testament, les autres l’évocation de légendes provençales. Quant aux piliers, ils sont ornés de bas-reliefs.

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Parade des gardians à cheval, lors de l’ouverture de la fête de la Cocarde d’Or, dans les arènes d’Arles. Au fil des siècles, la tenue du gardian n’a pratique­ment pas changé. Chapeau de feutre et veste de velours noirs, pantalon «peau-de-taupe» sombre, bottes de cuir et, à la main droite le trident servant à «trier» les taureaux sauvages. Quant au cheval Camargue, il est traditionnellement gris clair et son harnachement est simple et confortable.

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La Fête du Costume se déroule, hors-saison, dans les Arènes d’Arles. Les Arlésiennes en cos­tume y sont très nombreuses et, après avoir participé au défilé, elles gagnent les gradins pour assister aux jeux équestres des gardians et aux courses camar­guaises.

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Fondée en 1512, l’antique Con­frérie des Gardians rassemble, aujourd’hui encore, les gardians de toute la Camargue. Le 23 avril, à l’occasion de la Saint Georges, tous se réunissent dès le matin, devant l’église N.-D.-la-­Major. Puis, l’après-midi, Gar­dians et Arlésiennes assistent dans les arènes romaines à une manifestation d’une grande dignité, à laquelle ne participent généralement que les «gens de bouvino».

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La Saint Georges permet aussi aux gardians à cheval, escortés par les tambourinaires, de rendre hommage à leur maître, Frédéric Mistral, rénovateur de la tradi­tion provençale. Le même céré­monial se déroule chaque année et, chaque année, il revêt la même solennité, empreinte de ferveur et de respect.

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Chaque année également, un hommage est rendu au marquis Folco de Baroncelli, descendant d’une famille de nobles noren­tins et qui, abandonnant la vie brillante d’Avignon, s’installa à la fin du siècle dernier dans une modeste cabane de gardians, à proximité des Saintes-Maries-de-la-Mer. Henri Aubanel, le gendre du marquis, reçoit ensuite gar­dians, gitans et amis, comme le faisait «fou marqués».

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La course camarguaise, ou course à la cocarde, est très diffé­rente de la corrida espagnole. Le taureau n’y est jamais tué, ni même blessé, car il s’agit seule­ment, pour les concurrents ama­teurs ou professionnels (les «raseteurs») de s’emparer de la cocarde de tissu qui est fixée entre les cornes du fauve. Sur cette photo, on distingue deux des meilleurs raseteurs de ces dernières années, Chaumel (che­veux longs, de dos, en train de «tourner» le taureau) et Castro (front dégarni et moustache). A noter que, si les «aficiounados» se sont cotisés pour élever un monument à la mémoire d’un taureau particulièrement vaillant, le «Sanglier», ils n’ont encore jamais songé à récompenser de la même manière le plus coura­geux des raseteurs.

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Les Gitans de toute l’Europe se réunissent chaque année, en mai, pour le pèlerinage des Sain­tes-Maries-de-la-Mer. C’est l’oc­casion de retrouvailles d’autant plus rares que, le reste du temps, la plupart d’entre eux vivent une vie de nomades.

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Lors du pèlerinage de mai, une procession composée de Gitans à pied et de gardians à cheval, porte jusqu’au rivage la statuette polychrome des deux saintes, Marie-Jacobé et Marie-Salomé, dont la légende veut qu’elles aient abordé ici, à l’aube de l’ère chrétienne, sur une barque sans voiles ni rames, venue de Pale­stine.

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Seuls, les Gitans portent l’humble servante des saintes, Sara-la-Noire, lors de la procession qui lui est dédiée. C’est vrai que, même si leurs origines sont diffé­rentes (les Gitans sont originai­res d’Inde), du moins leur séjour sur les rivages orientaux de la Méditerranée constitue un point commun aux Gitans et à Sara. A l’arrière-plan se détache le clo­cher, très particulier, de l’église des Saintes-Maries-de-la-Mer, une église dont les fortifications montrent bien que les parages de Camargue ne furent pas toujours calmes.

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Dans la crypte de l’église des Saintes-Maries-de-la-Mer, des Gitans et Gitanes de tous âges tiennent à manifester leur véné­ration pour Sara. Ces moments d’intense piété contrastent avec le spectacle, trop souvent déso­lant, de touristes en shorts et maillots multicolores bousculant les fidèles pour pouvoir photo­graphier les cérémonies religieuses.

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Les chevaux de Camargue sont particulièrement robustes et résistants. Ils peuvent ainsi affronter des éléments aussi dif­férents que la canicule, le gel, la neige, le vent. Les pâturages étant maigres et rares, le travail du gardian consiste à les mener, à travers la sansouire et les maré­cages, vers des prairies plus accueillantes et nourricières.

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A l’issue d’une course organisée dans les arènes des Saintes-Maries-de-la-Mer, trois taureaux sont lâchés dans les rues de la cité. C’est la «bandido», au cours de laquelle les meilleurs cava­liers s’efforceront de rattraper les fauves avant qu’ils n’atteignent les marécages, de les immobili­ser et de les ramener jusqu’au bouvau. Les accidents sont fré­quents, les taureaux encornant volontiers cavaliers et piétons.

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Flamants roses en vol au-dessus de l’étang du Fangassier (Camar­gue). Chaque nuit, le mâle et la femelle se relaient pour couver l’unique oeuf annuel et, tandis que l’un reste au nid, l’autre essaime alentour, à la recherche de nourriture qui, lorsque l’œuf sera éclos, permettra d’alimenter l’oisillon. Ensuite, la plupart des parents repartiront pour l’Afri­que, le temps de l’hiver. La pureté aérodynamique de leur mouvement explique qu’ils par­viennent à traverser la Méditerra­née sans difficultés particulières.

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Dans l’eau calme d’un bras du Vieux-Rhône, quelques flamants roses triturent la vase à l’aide de leurs pattes, afin d’isoler la nour­riture qu’ils pourront ensuite sai­sir d’un coup de bec.

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La Camargue au soleil couchant, un soir de fin de printemps. Une escadrille de flamants roses survole les marais salants. Le phare de la Gacholle se profile à l’horizon. Vision idyllique, presque irréelle, cet équilibre et cette harmonie ne tiennent qu’au bon vouloir des hom­mes. Il suffirait que l’immense complexe portuaire de Fos, tout proche, s’étende encore un peu pour que tout soit compro­mis. Mais, pour l’heure, l’al­liance des manadiers, des gar­dians et des amis de la nature est parvenue à préserver l’essentiel. Image de profonde sérénité. Image de la Camargue de toujours.

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1 réponse à 12. Cahier photos

  1. Guy de Galard dit :

    Site tres bien fait et facile a naviguer. Chaque sujet est traite en profondeur et temoigne d’une recherche importante. Pour les amateurs de photos comme moi, le « cahier photos » separe du reste du livre, est un grand plus.

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